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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2408279

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2408279

vendredi 30 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2408279
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFONTAINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. B A, qui contestait un arrêté préfectoral du 1er octobre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. La juridiction a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du défaut d'examen, de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation. La solution retenue confirme la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, de la fixation du pays de renvoi et de l'interdiction de retour. Les textes appliqués sont la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2024, et un mémoire enregistré le 10 avril 2025, M. B A, représenté par Me Fontaine, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois en lui délivrant dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de lui verser cette somme.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur le délai de départ volontaire de trente jours :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la fixation du pays de destination :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle se fonde sur une décision illégale ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg du 23 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 avril 2025 :

- le rapport de M. Laurent Boutot, premier conseiller,

- les observations de Me Fontaine, avocate M. A.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 janvier 2025 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que le tribunal lui accorde le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur des décisions contestées :

2. Par un arrêté du 4 juillet 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le 5 juillet suivant, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme C, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer les décisions contestées. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, le fait que la décision contestée n'ait pas fait égard pour les problèmes de santé allégués par le requérant lors de son audition du 1er octobre 2024 ne saurait s'analyser comme un défaut d'examen, compte tenu du caractère peu circonstancié des déclarations du requérant à cette occasion, non étayées d'aucun document médical. Le requérant n'apporte pas davantage la preuve de l'entrée régulière sur le territoire qu'il allègue. Dans ces conditions, le moyen tiré d'un défaut d'examen doit dès lors doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. A invoque la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En se bornant à évoquer la présence de son père, sans aucun élément circonstancié, il ne justifie pas de la réalité de liens familiaux, ni même privés, en France. S'il invoque une présence de neuf années, il a lui-même déclaré n'être habituellement présent en France que depuis 2022. M. A, sans ressources ni logement autonome, ne justifie d'aucune intégration particulière et il ne soutient pas être isolé dans son pays d'origine. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, en se bornant à se prévaloir de son état de santé sans verser aucune pièce en ce sens, le requérant n'établit ni qu'il serait éligible de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé, ni que son état de santé serait de nature à faire obstacle à une mesure d'éloignement. Le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, qui n'est assorti d'aucun élément nouveau, doit être écarté pour les mêmes motifs qu'aux points précédents.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

8. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, dépourvu de tout élément circonstancié, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision relative au pays de destination :

9. Eu égard à ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. Il résulte de ces dispositions que lorsque, comme en l'espèce, aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

12. En l'espèce, la décision contestée mentionne l'absence de liens avec la France, mais n'a pas égard aux critères de la durée de présence, de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement et de la menace de l'ordre public. Elle ne satisfait dès lors pas à l'exigence légale de motivation énoncée à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être accueilli et, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision contestée, annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. L'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français n'appelant aucune mesure d'exécution, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui ne peut être regardé comme la partie principalement perdante, de somme au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision portant interdiction de retour sur le territoire français est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Fontaine et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 mai 2025.

Le rapporteur,

L. Boutot

Le président,

S. Dhers

La greffière,

D. Hirschner

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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