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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2408352

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2408352

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2408352
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAARPI L'ILL LÉGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 5, 14 et 15 novembre 2024, Mme C A, représentée par Me Thalinger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 29 octobre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Strasbourg lui a refusé l'octroi des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne leur serait pas accordée, de leur verser directement cette somme.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article L. 121 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision méconnait l'article L. 551-10 et L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait également les articles L. 522-1, L. 522-3, R. 522-1 et R. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2024 le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête comme étant non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/EU du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simon en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Simon, magistrat désigné ;

- les observations de Me Thalinger, avocat de Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans sa requête ;

- et les observations de Mme A, assistée de M. B, interprète en langue amharique.

L'OFII n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante éthiopienne, est entrée en France le 7 juin 2024. Par une décision du 29 octobre 2024, la directrice territoriale de l'OFII de Strasbourg a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". L'article L. 551-10 du même code dispose que : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. "

5. Mme A, dont il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été enregistrée le 29 octobre 2024, soutient qu'elle n'a pas été informée, dans une langue qu'elle comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pouvait lui être refusé.

L'OFII ne produit pas dans la présente instance de formulaire de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil, ni même n'allègue qu'un tel document lui aurait été délivré.

Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait été informée que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pouvait lui être refusé, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A qui doit ainsi être regardée comme ayant été privée de la garantie que constitue une telle information, est par suite fondée à soutenir que la décision du 29 octobre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII de Strasbourg, a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est entachée d'un vice de procédure. Par suite elle doit être annulée sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au moyen d'annulation retenu au point 5, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à l'OFII de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Sous réserve de l'admission définitive de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par le présent jugement, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, à verser à Me Thalinger, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1. Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2. La décision du 29 octobre 2024 de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Strasbourg est annulée.

Article 3. Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4. Sous réserve de l'admission définitive de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Thalinger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Thalinger, la somme de 1 500 (mille cinq cent) euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5. Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6. Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Thalinger et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

H. SimonLa greffière,

R. Van Der Beek

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van Der Beek

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