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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2408382

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2408382

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2408382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOTTEMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 et le 10 novembre 2024, M. D, représenté par Me Bottemer, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2024 du préfet du Bas-Rhin portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2024 par lequel le préfet du Bas-Rhin a décidé de l'assigner à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet d'effacer son nom dans le ficher européen de non admission ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son avocat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet du Bas-Rhin n'a pas examiné sa situation personnelle ;

- la décision méconnait l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le refus de départ volontaire :

- la décision méconnait l'article 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision méconnait l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le pays de destination :

- la décision est contraire à l'article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire prive de fondement cette décision.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête comme étant non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simon en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Simon, magistrat désigné ;

- les observations de Me Bottemer, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. D.

Le préfet du Bas-Rhin n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D est un ressortissant algérien, né le 21 décembre 1994. Il a déclaré être entré en France le 10 septembre 2014, sous couvert d'un passeport en cours de validité. Il a présenté une demande d'asile, qui a été successivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 22 octobre 2015, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 20 septembre 2016. Le requérant ayant demandé son admission au séjour en qualité d'étranger malade, un certificat de résidence, valable du 31 décembre 2018 au 30 décembre 2019 lui a été délivré, en application des stipulations du 7) du deuxième alinéa de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles, dont il a sollicité le renouvellement le 18 novembre 2019. Toutefois, à la suite de l'avis défavorable du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 9 mars 2020, la préfète du Bas-Rhin, par un arrêté du 22 janvier 2021, a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éventuelle reconduite d'office à la frontière. M. D a saisi le tribunal administratif de Strasbourg d'une demande tendant à l'annulation de cet arrêté. Par jugement du 22 juin 2021 le tribunal de céans rejette sa demande, jugement confirmé par arrêt de la Cour administrative d'appel de Nancy le 5 juillet 2022. Par arrêté du 2 novembre 2024 le préfet du Bas-Rhin prononce une nouvelle fois une obligation de quitter le territoire contre le requérant, dont M. D demande l'annulation.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. "

3. M. D a formulé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. Dans ces conditions, il y a lieu de prononcer son admission d'office au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire :

4. Par un arrêté du 28 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin du même jour, le préfet du Bas-Rhin a donné délégation à M. B C, sous-préfet de l'arrondissement de Saverne, à l'effet de signer, dans le cadre de ses permanences, tous arrêtés et décisions relevant des législations et réglementations relatives à l'entrée, au séjour des étrangers en France dans le cadre des permanences qu'il est amené à assurer. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

5. La décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle est ainsi suffisamment motivée.

6. Il ressort des termes même de l'arrêté attaqué que le préfet du Bas-Rhin a examiné particulièrement sa situation personnelle. Par suite le moyen tiré de l'absence d'un tel examen doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7° Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que si le requérant fait valoir que son état de santé fait obstacle à son éloignement, il ne produit au soutien de sa requête que des

comptes-rendus médicaux desquels il ressort qu'il bénéficie d'un traitement thérapeutique composé de lacosamide. Il ressort de la liste des médicaments disponibles en Algérie que cette substance y est commercialisée. Ainsi, le requérant n'établit pas qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. De plus, étant en situation irrégulière il lui revient de faire une demande de titre de séjour en tant qu'étranger malade. Par suite la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. D est par ailleurs célibataire et sans enfants à charge. S'il se prévaut de la présence régulière en France d'un frère et d'une sœur, il n'est pas contesté que ces derniers ont constitué leur propre cellule familiale et l'intéressé ne démontre pas l'intensité de ses liens avec eux. Nonobstant le décès de sa mère, il n'établit pas être dépourvu d'attaches en Algérie, ni que son père, également en situation irrégulière en France, ne pourrait l'y accompagner. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise.

Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

12. En l'espèce, le requérant s'est soustrait à deux mesures d'éloignements et il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire dans son audition. Par ailleurs, s'il produit dans le cadre du recours une attestation d'élection de domicile, il n'établit pas l'avoir transmise aux services de la préfecture.

Par suite, la situation de M. D entre dans les dispositions des 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et c'est à bon droit que le préfet du Bas-Rhin a pu lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la légalité la décision portant interdiction de retour :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

14. En l'espèce, l'intéressé se maintient irrégulièrement sur le territoire même s'il a tenté de régulariser sa situation administrative et ne démontre pas l'intensité de ses liens avec la France et a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour d'une durée de deux ans porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

15. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

16. Il est constant que la demande d'asile de M. D a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 22 octobre 2015, que par la Cour nationale du droit d'asile le 20 septembre 2016. Si le requérant se prévaut de ce qu'il court un risque en cas de retour dans son pays d'origine, faute de pouvoir bénéficier de traitements adaptés à ses pathologies, eu égard à ce qui a été dit au point 8, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

17. De même le moyen tiré de ce que la décision porterait atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les même motifs que ceux exposés au point 10.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant assignation à résidence :

18. Le moyen tiré de ce que l'arrêté portant assignation à résidence serait illégal du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Bas-Rhin du 2 novembre 2024 doit être rejetée. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1. M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2. Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3. Le présent jugement sera notifié à M. A E D, à Me Bottemer et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

H. SimonLa greffière,

R. Van Der Beek

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van Der Beek

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