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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2408472

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2408472

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2408472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMANLA AHMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 novembre 2024, Mme B C, représentée par Me Manla Ahmad, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités allemandes ;

3°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assignée à résidence ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, dans le délai de quinze jours suivant le présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, à lui verser directement.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le transfert :

- cette décision est insuffisamment motivée en fait et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 17.1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision de transfert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante arménienne née le 19 février 1988, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 6 septembre 2024. Par deux arrêtés du 27 septembre 2024 notifiés le 6 novembre suivant, la préfète du Bas-Rhin a respectivement décidé son transfert aux autorités allemandes et son assignation à résidence pendant quarante-cinq jours. Mme C demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le transfert aux autorités allemandes :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de transfert aux autorités allemandes. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé.

5. En deuxième lieu, la circonstance que l'arrêté attaqué n'énonce pas exhaustivement l'ensemble des considérations propres à la situation de l'intéressée n'est pas révélatrice d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, lequel ne ressort ni des termes de cet arrêté ni d'aucune autre pièce du dossier. Au surplus, notamment, la présence en France du beau-frère de la requérante a bien été prise en considération, dès lors que l'arrêté mentionne la présence de sa sœur qui y a constitué sa propre cellule familiale. La requérante ne peut davantage faire grief à la préfète de ne pas avoir tenu compte du certificat médical d'une psychologue clinicienne, lequel est en réalité un courrier non daté rendant compte de quatre entretiens réalisés au mois d'octobre 2024, postérieurement à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit, dès lors, être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. " Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

7. D'une part, Mme C ne faisant état d'aucune défaillance systémique avérée dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs en Allemagne, elle ne peut, dès lors, utilement se prévaloir des dispositions du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013. D'autre part, la requérante soutient qu'à la suite du rejet de leur demande d'asile en Allemagne, sa famille est venue en France le 1er août 2024 en vue d'y solliciter également l'asile et de permettre à son époux d'y recevoir des soins et qu'elle souffre d'un trouble dépressif depuis le décès de son époux, intervenu quatre jours après leur arrivée. Toutefois, elle n'établit pas qu'elle ne pourrait bénéficier d'un suivi médical approprié en Allemagne, dont les autorités ont accepté de la reprendre en charge. Il suit de là que la requérante, qui ne justifie pas de son nécessaire maintien en France, où elle est arrivée très récemment, plutôt qu'en Allemagne le temps que sa situation soit réexaminée, n'est pas fondée à soutenir qu'en ne dérogeant pas aux critères de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et en prononçant son transfert aux autorités allemandes, la préfète du Bas-Rhin aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme C soutient que son transfert entraînerait une rupture avec ses attaches familiales en France, où sa sœur, son beau-frère et leurs enfants résident. Toutefois, la requérante n'établit pas entretenir avec eux des relations d'une intensité notable alors qu'il ressort des pièces du dossier que ceux-ci séjournent en France depuis 2019 tandis que sa présence y est très récente. Son transfert n'a pas pour effet de la séparer de ses propres enfants, qui ont vocation à l'accompagner en Allemagne. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

10. Les moyens dirigés contre la décision de transfert ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent, dès lors, pareillement qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1 : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Manla Ahmad et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

O. A

La greffière,

R. Van der Beek

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van der Beek

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