mardi 26 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2408533 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AARPI L'ILL LÉGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 novembre 2024, M. C B, représenté par Me Thalinger, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2024 par lequel le préfet du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pendant deux ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2024 par lequel le préfet du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe, à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à lui verser directement.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la signataire de cette décision ne justifie pas avoir reçu délégation pour ce faire ;
- son droit d'être entendu a été méconnu ;
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen réel, sérieux et complet de sa situation ;
- elle méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'absence de délai de départ volontaire :
- la signataire de cette décision ne justifie pas avoir reçu délégation pour ce faire ;
- cette décision est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la désignation du pays de renvoi :
- la signataire de cette décision ne justifie pas avoir reçu délégation pour ce faire ;
- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la signataire de cette décision ne justifie pas avoir reçu délégation pour ce faire ;
- cette décision est insuffisamment motivée au regard des quatre critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'assignation à résidence :
- la signataire de l'arrêté ne justifie pas avoir reçu délégation pour ce faire ;
- cette décision méconnaît l'article L. 731-1 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- les observations de Me Thalinger, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et soutient, en outre, que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure dans la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires, en méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure ;
- et les observations de M. B.
Le préfet du Bas-Rhin n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant russe né le 8 juin 1997, est entré en France en 2014. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 29 septembre 2015 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 24 octobre 2016 de la Cour nationale du droit d'asile. Sa demande de réexamen a également été rejetée, par une décision du 15 juin 2017 de l'Office. Il a, par la suite, bénéficié d'un titre de séjour " étudiant ", dont le renouvellement, de même que le changement de statut, lui ont cependant été refusés par un arrêté du 4 décembre 2020 du préfet du Gard lui faisant également obligation de quitter le territoire français. Sa demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée le 18 mai 2022 auprès du préfet de la Moselle a été rejetée implicitement. Par un premier arrêté du 7 novembre 2024, le préfet du Bas-Rhin l'a de nouveau obligé à quitter le territoire français, sans délai, a désigné le pays de destination et a interdit son retour pendant deux ans. Par un second arrêté du même jour, le préfet du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours. Le requérant doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de ces décisions contenues dans ces deux arrêtés.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2014 avec ses parents et sa fratrie, qu'il y a suivi sa scolarité avec assiduité et obtenu un baccalauréat professionnel en 2018 avec la mention " bien " puis a bénéficié d'un titre de séjour étudiant, dont le renouvellement lui a cependant été refusé, de même qu'un changement de statut par un arrêté du 4 décembre 2020 du préfet du Gard. Il a acquis le statut de sportif de haut niveau en lutte, dont il est champion de France depuis 2020 dans la catégorie des 74 kilogrammes et exerce des activités bénévoles, notamment d'encadrement des jeunes lutteurs, au sein de son club de lutte de Sarreguemines, ainsi que la présence du président du club à l'audience en témoigne. Il a également noué une relation amoureuse depuis trois ans avec une ressortissante russe titulaire d'une carte de résident en qualité de réfugiée. S'il est défavorablement connu des services de police pour divers délits tenant à la conduite, à plusieurs reprises, de véhicule sans permis ni assurance, à l'usage de faux documents administratifs et de fausse plaque d'immatriculation, il n'a jamais été poursuivi pour ces méfaits et a expliqué à l'audience, s'agissant de sa dernière interpellation, qu'il est titulaire du permis de conduire depuis 2021 mais n'est en possession que d'un récépissé en raison de l'absence de titre de séjour lui permettant de retirer l'original de ce permis, sans être contesté par le préfet qui n'était pas représenté à l'audience. Dans ces conditions, compte tenu des circonstances particulières de l'espèce, notamment de la durée du séjour et des conditions d'intégration, en particulier par le sport, de M. B en France, la décision portant obligation de quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que cette décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation des deux arrêtés du 7 novembre 2024 dans leur ensemble.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
8. En application des dispositions citées au point précédent, l'exécution du présent jugement implique que M. B soit muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que la préfecture statue à nouveau sur son cas. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de procéder au réexamen de la situation du requérant dans le délai de deux mois suivant la date du présent jugement et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour jusqu'à l'aboutissement de ce réexamen. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
9. M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire par le présent jugement. Par suite, son avocat peut se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Thalinger, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Thalinger de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée au requérant.
DECIDE :
Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les deux arrêtés du 17 novembre 2024 par lesquels le préfet du Bas-Rhin a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'a assigné à résidence sont annulés dans toutes leurs dispositions.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour pendant le temps de ce réexamen.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et que son avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Thalinger la somme de 800 (huit cents) euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée au requérant.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Thalinger et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
O. ALa greffière,
R. Van der Beek
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. Van der Beek
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026