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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2408762

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2408762

mardi 24 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2408762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantQADAOUI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, contestant le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Moselle. Le tribunal a jugé que le préfet n'était pas tenu d'attendre l'issue de la demande d'autorisation de travail déposée par l'employeur avant de statuer sur la demande de certificat de résidence, en application de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il a également écarté les moyens tirés du vice de procédure, de l'erreur de fait, de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation. Par conséquent, la décision de refus de séjour étant légale, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination ont été jugées valides.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2024, et un mémoire, enregistré le 27 mars 2025, M. A B, représenté par Me Qadaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été invité à faire valoir des observations avant que la décision ne soit prise ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet a procédé à l'examen de sa demande sans attendre de connaître le sens de la décision qui serait réservée à la demande d'autorisation de travail déposée par son employeur ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il dispose d'attaches familiales en France et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2025, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Muller, rapporteur ;

- les observations de Me Qadaoui, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. A B, ressortissant algérien né le 1er janvier 1971, est entré en France le 11 novembre 2018. Il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Il a sollicité le renouvellement de ce certificat de résidence le 25 mai 2024 et a présenté une demande de changement de statut en qualité de salarié. Par un arrêté du 24 octobre 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, le préfet de la Moselle qui statuait sur la demande de l'intéressé n'était pas tenu d'inviter ce dernier à formuler des observations. Le moyen tiré de que le préfet aurait dû l'inviter à faire valoir des observations avant l'édiction de la décision litigieuse ne peut ainsi qu'être écarté.

3. En deuxième lieu aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ".

4. M. B soutient que le préfet, averti du fait que son employeur avait déposé une demande d'autorisation de travail, devait attendre de connaître le sens de la décision à venir sur cette demande avant de prendre une décision sur la demande d'un certificat de résidence sollicité en application de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Toutefois, la légalité d'une décision s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise. En outre, il ne résulte d'aucune disposition légale ou réglementaire que le préfet devait attendre qu'il soit statué sur la demande d'autorisation de travail en cours avant d'édicter la décision litigieuse. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que la demande d'autorisation de travail n'a été déposée par l'employeur de M. B que le 11 septembre 2024, soit près de quatre mois après le dépôt de sa demande de renouvellement de son certificat de résidence, et qu'à la date de la décision contestée cette autorisation de travail n'avait pas été obtenue. Le moyen tiré de ce que le préfet de la Moselle aurait entaché sa décision d'une erreur de droit ne peut ainsi qu'être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : [] 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne garantissent pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale.

6. D'une part, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement d'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une des stipulations d'un accord bilatéral, le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement d'une autre disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une autre stipulation d'un accord bilatéral.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ou de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors, au demeurant, qu'il a demandé un changement de statut en qualité de salarié.

8. D'autre part, M. B fait valoir qu'il réside en France de façon continue depuis novembre 2018, qu'il est intégré socialement et professionnellement et qu'il respecte les valeurs de la République. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne réside plus avec son épouse et qu'il est en instance de divorce et sans charge de famille. Si M. B indique être entouré en France de nombreux membres de sa famille, il ne produit aucune pièce au soutien de cette affirmation. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 47 ans. Par ailleurs, il ne produit aucune pièce attestant de sa situation professionnelle avant 2024. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant. Il n'a pas davantage et en tout état de cause, méconnu les stipulations précitées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ".

11. En l'espèce, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.

12. En troisième lieu, il résulte des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet de la Moselle a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

13. En dernier lieu, compte tenu des circonstances énoncées au point 8 le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. Les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Haudier, présidente,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Muller, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2025.

Le rapporteur,

O. Muller

La présidente,

G. Haudier

La greffière,

S. Michon

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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