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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2409031

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2409031

vendredi 30 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2409031
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBERRY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de Mme C, ressortissante indienne, qui contestait l'arrêté du 25 octobre 2024 de la préfète du Bas-Rhin lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. La juridiction a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, la signataire assurant légalement l'intérim du préfet. Sur le fond, le tribunal a jugé inopérant le moyen tiré de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la requérante n'ayant pas sollicité ce fondement. Enfin, il a estimé que la décision ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, la vie commune avec son époux français n'ayant jamais débuté et le divorce ayant été prononcé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, et un mémoire enregistré le

1er avril 2025, Mme B C, représentée par Me Berry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement et aux mêmes conditions, de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle se fonde sur un titre de séjour illégal ;

- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la fixation du pays de destination :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle se fonde sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 mars 2025 et 4 avril 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 février 2025 du tribunal judiciaire de Strasbourg.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 avril 2025 :

- le rapport de M. Laurent Boutot, premier conseiller,

- les observations de Me Berry, avocate de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante indienne née en 1996, est entrée en France le

3 janvier 2021. Elle a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 25 octobre 2024, dont elle demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur des décisions contestées :

2. Aux termes du I de l'article 45 du décret du 29 avril 2004 susvisé : " () En cas de vacance momentanée du poste de préfet, l'intérim est assuré par le secrétaire général de la préfecture. / Dans les départements où est institué un préfet délégué pour la sécurité et la défense, ce dernier assure de droit la suppléance ou l'intérim. S'il est absent ou empêché, la suppléance ou l'intérim est exercé par le préfet délégué pour l'égalité des chances. () ". D'une part, Mme A, signataire de l'arrêté contesté, était, en application de ces dispositions, de droit compétente pour ce faire en sa qualité de préfète déléguée pour l'égalité des chances assurant l'intérim du poste de préfet. D'autre part, si M. D a été nommé préfet du Bas-Rhin par un décret du Président de la République du 10 octobre 2024, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il n'a été installé dans ses fonctions que le 28 octobre 2024. Par suite, en l'absence de prise effective de M. D de ses fonctions à la date de l'arrêté contesté, le

25 octobre 2024, Mme A était compétente pour prendre les décisions contestées. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, dès lors que Mme C n'a pas demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfète n'a pas statué sur son droit au séjour sur ce fondement, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, Mme C invoque la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France au mois de janvier 2021 après avoir épousé, en 2019, en Inde, un ressortissant français. La vie commune n'a cependant jamais débuté et un divorce a été prononcé en 2024. Si Mme C invoque des liens privés et familiaux en France, elle n'en justifie pas. Sa situation professionnelle demeure précaire et elle n'est pas isolée dans son pays d'origine où réside sa famille. Si elle allègue que celle-ci a rompu tout lien avec elle en raison de sa situation de femme divorcée, ces seules déclarations ne peuvent être regardées comme établies. Le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, Mme C déclare, sans toutefois l'établir par aucun élément circonstancié, qu'elle serait exposée à une situation d'isolement ou de discrimination dans son pays d'origine en raison de son divorce. Dans ces conditions, elle ne justifie pas de la réalité d'un motif humanitaire ou exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté, de même que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour ayant été écartés, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

7. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, qui ne sont pas assortis d'éléments nouveaux, doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.

En ce qui concerne le pays de destination :

8. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

9. En deuxième lieu, en l'absence d'éléments nouveaux, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et elles au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Berry et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 mai 2025.

Le rapporteur,

L. Boutot

Le président,

S. Dhers

La greffière,

D. Hirschner

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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