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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2409171

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2409171

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2409171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2024, M. C B, représenté par Me Elsaesser, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 8 octobre 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé l'enregistrement de sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de leur enfant mineur ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'enregistrer sa demande et de lui délivrer une attestation de dépôt de cette demande sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa demande, dans le délai de 5 jours, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxes au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- l'auteur de la décision contestée ne disposait d'aucune délégation de compétence ;

- les dispositions des articles L. 212-1 à L. 212-3 ont été méconnues ;

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à un examen complet de sa demande ;

- la décision contestée est contraire à l'article R. 434-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de la complétude de sa demande ;

- elle est contraire à l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

La procédure a été communiquée au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui n'a produit aucun mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 16 décembre 2024, en présence de Mme Kieffer, greffière d'audience :

- le rapport de M. Stéphane Dhers,

- les observations de Me Elsaesser, avocate M. B, qui a repris les moyens et les éléments exposés dans sa requête et précisé que ses conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 étaient dirigées contre l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Le juge des référés a indiqué que l'instruction était close à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1981, entré en France en 2010 et titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en décembre 2029, a sollicité le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de leur fils, né le 25 avril 2023, qui résident en Turquie. Par une décision du 8 octobre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé l'enregistrement de cette demande au motif que le requérant n'aurait pas produit une copie intégrale de l'acte de mariage avec mentions marginales délivrée par les autorités turques. M. B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. La décision en litige a pour effet de maintenir l'épouse et le fils de M. B éloignés de ce dernier qui a fait preuve de diligence pour solliciter la venue de sa famille en France. Par suite, le requérant justifie de l'urgence de l'affaire.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée :

5. Aux termes de l'article R. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger fait sa demande auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 424-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite le regroupement familial présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. ". Aux termes des dispositions de cette annexe relative aux demandes de regroupement familial : " 1. Pièces à fournir pour toute demande : () -documents d'état civil dans la langue d'origine, avec traduction en langue française établie par un traducteur assermenté près une cour d'appel ou certifiée conforme par une autorité consulaire ou diplomatique française : copies intégrales de l'acte de mariage avec mentions marginales () ".

6. Il résulte de l'instruction que M. B a produit à l'appui de sa demande de regroupement familial un certificat de mariage et une attestation de mariage émanant du consulat général d'Afghanistan à Istanbul, qui ont été traduits en français par un traducteur assermenté, et que cette union a, au demeurant, été transcrite par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ainsi, en l'état de l'instruction, le moyen tiré du caractère complet du dossier déposé par le requérant auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de son exécution.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

8. Eu égard à l'office du juge des référés défini par les dispositions précitées, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au réexamen de la demande de M. B dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire par la présente ordonnance. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Elsaesser, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Elsaesser de la somme de 1 200 euros hors taxes. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée au requérant.

ORDONNE :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 8 octobre 2024, par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé l'enregistrement de la demande de regroupement familial déposée par M. B au bénéfice de son épouse et de leur enfant mineur, est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la demande de M. B dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous une astreinte de 100 (cent) euros par jour de retard.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Elsaesser, avocate de M. B, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros hors taxes au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée au requérant.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Elsaesser et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Strasbourg le 16 décembre 2024.

Le juge des référés,

S. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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