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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2409219

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2409219

vendredi 30 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2409219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGOLDBERG

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. B, ressortissant arménien, qui contestait un arrêté préfectoral du 6 juin 2024 refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que la préfète avait procédé à un examen particulier de sa situation et que le refus ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu notamment de la situation de son épouse également sous le coup d'une mesure d'éloignement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Goldberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, valable jusqu'à la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- la préfète du Bas-Rhin n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité du refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;

Sur la fixation du pays de renvoi :

- l'illégalité de la précédente décision prive de base légale la décision fixant le pays de destination.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg du 4 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Stéphane Dhers,

- les observations de Me Badoc, substituant Me Goldberg, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant arménien né le 23 juillet 1967, est entré en France le 17 mars 2017 avec son épouse. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 février 2018 et par la Cour nationale du droit d'asile le 29 juin 2018. Il est ensuite retourné en Arménie, après avoir fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 6 novembre 2019, puis est revenu sur le territoire français en août 2021 muni d'un visa grec. Il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile, mais la Cour nationale du droit d'asile a, en dernier lieu, refusé d'y apporter une issue favorable par une décision du 26 novembre 2021. Le 5 mai 2023, il a sollicité son admission au séjour. Par un arrêté du 6 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Le requérant demande au tribunal administratif d'annuler cet arrêté.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin a procédé à un examen particulier de la situation de M. B, notamment au regard de ses attaches familiales prépondérantes en France, avant d'édicter la décision attaquée. La circonstance que la préfète n'a pas fait état dans son arrêté de la présence sur le territoire français de ses petits-enfants, qui sont de nationalité française, ne saurait caractériser une omission sur ce point.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Si M. B fait valoir que lui et son épouse sont pris en charge et hébergés chez leur fils, de nationalité française, qu'ils entretiennent des liens forts avec leur belle-fille et leurs petits-enfants et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche, il ressort des pièces du dossier que l'épouse du requérant fait également l'objet de mesures d'éloignement, édictées le 6 juin 2024. En outre, le requérant a vécu l'essentiel de sa vie en Arménie et il n'établit pas qu'il ne pourrait réaliser son insertion sociale et sa vie personnelle qu'en France. Par suite, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B doit être également écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence de M. B et de son épouse aux côtés de leurs petits-enfants serait indispensable, en particulier qu'ils seraient les seuls à pouvoir s'occuper d'eux à la sortie de l'école. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a méconnu les stipulations précitées.

Sur la décision obligeant M. B à quitter le territoire français :

6. Les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour ayant été écartés, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

7. Pour les motifs exposés ci-dessus, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. B à quitter le territoire doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Goldberg et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Stéphanie Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2025.

Le président-rapporteur,

S. Dhers

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

L. Boutot

La greffière,

D. Hirschner

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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