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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2409363

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2409363

mardi 24 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2409363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAARPI L'ILL LÉGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2409363 le 11 décembre 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 19 décembre 2024, M. C A, représenté par Me Thalinger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 10 décembre 2024 par laquelle le préfet du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros hors taxe au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, moyennant la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle, et en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle de mettre la même somme à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas pris en compte la carte de résident délivrée par les autorités grecques dont dispose l'intéressé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des dispositions des articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2409589 le 18 décembre 2024, M. B, représenté par Me Thalinger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 15 décembre 2024 par laquelle le préfet du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros hors taxe au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, moyennant la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle, et en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle de mettre la même somme à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire du 10 décembre 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fuchs Uhl, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fuchs Uhl, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen, relevé d'office, tiré de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement n° 2405846 rendu le 16 octobre 2024 par le tribunal administratif de Strasbourg ;

- les observations de Me Thalinger, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient en outre que l'autorité préfectorale aurait dû en priorité examiner si l'intéressé pouvait être réadmis en Grèce et que la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée de nombreuses erreurs de fait ;

-et les observations de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2409363 et n° 2409589, présentées pour M. A, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. C A, ressortissant albanais, né le 15 mars 1990, déclare être entré en France pour la première fois le 24 août 2015. Il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français le 7 novembre 2016. Il a, le 4 décembre 2019, sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Le 25 janvier 2021, il a fait l'objet d'un refus d'admission au séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français, qui a été exécutée le 19 mars 2021 par l'éloignement de l'intéressé vers l'Albanie. M. A déclare être entrée une seconde fois sur le territoire français, le 7 janvier 2024, muni d'un titre de séjour grec valable du 11 novembre 2021 au 10 novembre 2026.

Il a, le 8 avril 2024, formulé une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 421-1, L. 423-7, L. 423-23, L. 426-11 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 9 juillet 2024, la préfète du Bas-Rhin a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement du 16 octobre 2024, n°2405846, le tribunal administratif de Strasbourg a confirmé la légalité du refus de titre de séjour et a annulé les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et d'interdiction de retour sur le territoire français. Par un nouvel arrêté du 10 décembre 2024, le préfet du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. Par un arrêté du 15 décembre 2024, M. A a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Le requérant demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre à titre provisoire M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement n° 2405846 du 16 octobre 2024, le tribunal a, d'une part, annulé l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et a, d'autre part, fait injonction à cette même préfète de réexaminer la situation du requérant. Une telle annulation par le juge de l'excès de pouvoir est revêtue de l'autorité absolue de la chose jugée et fait obstacle, dès lors qu'il n'est pas établi que les circonstances de fait propres à la situation de l'intéressé aient été modifiées, à ce qu'une autorité préfectorale prenne à son encontre un nouvel arrêté en contradiction avec le dispositif ou les motifs qui constituent le soutien de ce jugement.

6. En l'espèce, la décision du 10 décembre 2024 par laquelle le préfet du Bas-Rhin a obligé M. A à quitter le territoire français, sans examiner préalablement s'il y avait lieu de réadmettre l'intéressé auprès des autorités grecques, lesquelles lui ont délivré une carte de résidence longue durée UE valable du 11 novembre 2021 au 10 novembre 2026 contredit tant le dispositif que les motifs du jugement n° 2405846 du tribunal en date du 16 octobre 2024, mentionné au point précédent, et méconnaît, par suite et en l'absence de changement de circonstances de droit ou fait invoqué par l'autorité préfectorale, l'autorité de la chose jugée de ce jugement définitif. La seule circonstance que l'arrêté attaqué mentionne la possibilité que l'intéressé soit reconduit à destination du " pays qui lui a délivré un titre de séjour en cours de validité " ne permet pas de considérer que le préfet du Bas-Rhin aurait procéder à un examen de la situation de M. A. Par suite, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire est entachée d'illégalité.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 décembre 2024 par laquelle le préfet du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions du même jour par lesquelles le préfet a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ainsi que celle du 15 décembre 2024 par laquelle le préfet du Bas-Rhin l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

9. En application de ces dispositions, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet du Bas-Rhin de procéder à un nouvel examen de la situation de M. A en tenant compte des motifs et du dispositif du jugement n° 2405846 du tribunal en date du 16 octobre 2024, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il y a également lieu d'enjoindre à l'autorité préfectorale de munir le requérant, dans l'attente du réexamen de sa situation, d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Thalinger, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat, le versement à Me Thalinger de la somme de 1 000 euros hors taxes. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du préfet du Bas-Rhin des 10 et 15 décembre 2024 obligeant M. A à quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays d'éloignement et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Bas-Rhin de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Thalinger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Thalinger, avocat de M. A, une somme de 1 000 (mille) euros hors taxes en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 (mille deux cent) euros sera versée à M. A.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Thalinger, et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 décembre 2024.

La magistrate désignée,

S. Fuchs Uhl

Le greffier,

R. Van Der Beek La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van Der Beck

Nos 2409363, 2409589

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