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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2409670

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2409670

vendredi 10 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2409670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAARPI L'ILL LÉGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 décembre 2024, 6 et 7 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Thalinger, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 13 décembre 2024, par lesquelles le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2024, par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence, dans le département du Haut-Rhin, pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de réexaminer sa situation, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de procéder à la suppression du signalement dans le système d'information Schengen ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à titre subsidiaire, de lui verser cette somme en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 41 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 621-1, L. 621-2 et L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du même code ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur le refus de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la fixation du pays de destination :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux circonstances humanitaires ;

- elle est disproportionnée ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 et 7 janvier 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Cormier en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cormier, magistrat désigné, qui soulève un moyen d'ordre public sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, tiré du non-lieu à statuer concernant les décisions portant obligation de quitter le territoire, refus de départ volontaire, fixation du pays de destination et assignation à résidence, en raison du départ du territoire de M. B ;

- et les observations de Me Thalinger, avocat de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient en outre que l'interdiction de retour est entachée d'une erreur de fait, en raison du classement de plusieurs procédures mentionnées par le préfet et qu'un non-lieu à statuer ne peut pas être prononcé, car l'obligation de quitter le territoire français continue de produire des effets pour une durée de trois ans, et constitue la base légale pour l'interdiction de retour pour une durée de trois ans.

Le préfet du Bas-Rhin n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant sri-lankais, né le 7 avril 1986 a été interpellé le 13 décembre 2024 pour des faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, conduite sous stupéfiants, conduite sans permis et détention de produits stupéfiants. Par des arrêtés du 13 décembre 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour pour une durée de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. ".

5. L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée et est mis à même de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix avant l'exécution d'office de la remise.

6. Il ressort de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-1 ou des deuxième à quatrième alinéas de l'article L. 621-2, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre.

7. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.

8. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de son audition du 13 décembre 2024, que M. B a indiqué à plusieurs reprises être né et vivre en Suisse et qu'il était favorable à un retour dans ce pays. Il ressort également des pièces du dossier que M. B est titulaire d'un titre de séjour suisse. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le préfet du Haut-Rhin ne pouvait pas ignorer qu'il acceptait d'être éloigné à destination de ce pays. Ni les termes de l'arrêté attaqué, qui se borne à citer les dispositions relatives aux obligations de quitter le territoire français et ne mentionne pas les liens du requérant avec la Suisse, hormis l'existence d'un " titre de séjour échu depuis le 13 juillet 2022 ", ni aucune autre pièce du dossier, ne permettent de considérer qu'avant de décider d'obliger le requérant à quitter le territoire français, le préfet a envisagé sa remise aux autorités suisses. Le requérant est dès lors fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen.

9. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français, ainsi que par voie de conséquence celle des décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, lui interdisant le retour sur le territoire français durant trois ans et l'assignant à domicile pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".

11. Le présent jugement implique conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit enjoint au préfet du Haut-Rhin de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, que l'intéressé soit muni, sans délai, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour et qu'il soit enjoint au préfet du Haut-Rhin de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen de l'intéressé. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions du prononcé d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

12. M. B a été admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Thalinger, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Thalinger d'une somme de 1 000 euros hors taxe. Pour le cas où M. B ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée.

D É C I D E :

Article 1 : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés du 13 décembre 2024 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Haut-Rhin de réexaminer la situation du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, de le munir, sans délai, d'une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen et de procéder à l'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 (mille) euros hors taxe à Me Thalinger, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Thalinger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Pour le cas où M. B ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Thalinger et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Colmar.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

R. Cormier La greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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