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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2409766

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2409766

jeudi 15 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2409766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBLANVILLAIN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. C, ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté du préfet des Yvelines du 11 novembre 2024 lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et de défaut de motivation, jugeant l'arrêté suffisamment motivé et signé par une autorité compétente. Il a également rejeté les moyens relatifs à l'obligation de quitter le territoire, estimant que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation et n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Enfin, le tribunal a considéré que la décision fixant le pays de destination ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 23 décembre 2024, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B C.

Par cette requête, enregistrée le 11 décembre 2024, M. B C, représenté par Me Blanvillain, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 novembre 2024 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, lui a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation administrative dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions en litige :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait au regard de ses démarches de régularisation.

Sur les moyens propres à la fixation du pays de destination :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de fait au regard de ses attaches personnelles en France.

Sur le moyen propre à l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de formation a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gros a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 24 septembre 1992, déclare être entré irrégulièrement en France en août 2021. Par un arrêté du 11 novembre 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, lui a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté du 28 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture des Yvelines, Mme A D, sous-préfète, directrice de cabinet du préfet des Yvelines, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels le préfet des Yvelines s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français et pour fixer le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant d'édicter la décision attaquée. À cet égard, si le requérant se prévaut de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour réceptionnée le 15 novembre 2024, celle-ci est en tout état de cause postérieure à la date d'édiction de la mesure d'éloignement en litige. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur de fait doivent être écartés.

5. En second lieu, si le requérant se prévaut de son activité salariée, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il n'est entré sur le territoire français qu'en août 2021, au surplus irrégulièrement, qu'il s'y maintient depuis trois ans et demi et occupe un emploi, au mépris de la législation en vigueur, sans avoir entrepris aucune démarche de régularisation avant de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il n'établit pas être dépourvu de toute attache privée et familiale dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Les seules circonstances qu'il participerait à des activités sportives et respecterait les valeurs de la république sont, à elles seules, insuffisantes pour considérer que l'intéressé aurait fixé le centre de ses intérêts personnels en France. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les moyens propres à la fixation du pays de destination :

6. La décision portant fixation du pays de destination n'a pas, par elle-même, pour objet d'éloigner le requérant du territoire français. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté comme inopérant, ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur de fait.

En ce qui concerne les moyens propres à l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ".

8. Il résulte des dispositions précitées qu'il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour sur le territoire français de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

9. En l'espèce, malgré le fait que sa présence ne constitue aucune menace pour l'ordre public, et qu'il n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement, M. C n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause le prononcé et la durée de l'interdiction de retour, qui sont justifiés par les considérations mentionnées au point 5. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard du caractère disproportionné de la mesure ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Blanvillain et au préfet des Yvelines. Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

Mme Deffontaines, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2025.

Le président-rapporteur,

T. GROS

L'assesseur le plus ancien,

R. CORMIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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