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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2409782

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2409782

vendredi 4 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2409782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantADIB

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a examiné la requête de M. B A, ressortissant italien, contestant l'arrêté du préfet de la Moselle du 26 décembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de circulation de trois ans. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) et de l'absence de menace à l'ordre public. Il a jugé que le comportement de M. A, auteur de violences aggravées, constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public, justifiant la mesure d'éloignement sur le fondement des articles L. 251-1 et L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 27 décembre 2024, 10 mai 2025 et 29 mai 2025, M. B A, représenté par Me Adib, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2024 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

- les décisions attaquées ne sont pas motivées ;

- il n'est pas justifié de la compétence de leur auteur ;

- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qui concerne l'absence de ressources suffisantes ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreurs d'appréciation ;

Sur les moyens propres à la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur les moyens propres à l'interdiction de circulation sur le territoire français :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au principe de la liberté de circulation et méconnait les articles 20 et 21 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jordan-Selva,

- les observations de Me Ben Malek, substituant Me Adib, avocate de M. A,

- les observations de M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant italien né en 1983, est entré en France en septembre 2024 selon ses déclarations. Il a été interpellé le 25 décembre 2024 par les services de police et placé en garde à vue pour des faits de violences aggravées. Par un arrêté du 26 décembre 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes: / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ".

3. En premier lieu, il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

4. Pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet de la Moselle a considéré que son comportement constituait une menace pour l'ordre public en raison de l'interpellation de l'intéressé et de son placement en garde à vue pour des faits de violence, qui auraient été commises sur la personne de son épouse au cours d'une dispute survenue à leur domicile dans la soirée du 25 décembre 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le procureur de la République a décidé de ne pas engager de poursuites pénales à l'encontre du requérant au motif que les faits n'ont pas pu être clairement établis, que les preuves n'étaient pas suffisantes pour que l'infraction soit constituée et le préfet de la Moselle n'apporte aucun élément permettant de conclure à leur réalité. Ainsi, le préfet de la Moselle a fait une inexacte application des dispositions du 2° de l'article L. 251- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en faisant obligation à M. A de quitter le territoire français au motif que son comportement constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : () 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A exerce une activité professionnelle au Luxembourg et perçoit une rémunération mensuelle de l'ordre de 2 000 euros nets. Par suite, le préfet de la Moselle a commis une erreur de fait en considérant que l'intéressé ne justifiait pas de ressources suffisantes pour se maintenir sur le territoire français au-delà de trois mois.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité et doit être annulée. Il en va de même, par voie de conséquence, des décisions de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, de fixation du pays de destination et d'interdiction de circuler sur le territoire français.

Sur les frais de l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Moselle du 26 décembre 2024 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Thionville et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2025.

La rapporteure,

S. Jordan-Selva

Le président,

S. DhersLa greffière,

P. Kieffer

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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