Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 13 janvier 2025, 31 janvier 2025 et 4 mars 2025, M. B... A..., représenté par Me Grün, demande au tribunal :
de l’admettre provisoirement à l’aide juridictionnelle ;
d’annuler la décision du 1er octobre 2024 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
d'enjoindre au préfet de la Moselle, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le même délai ;
de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, moyennant la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d’incompétence ;
- le préfet s’est estimé à tort en situation de compétence liée ;
- la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier et actualisé de sa situation personnelle ;
- le préfet s’est estimé à tort lié par l’avis émis par le collège de médecins de l’OFII ;
- la décision attaquée méconnait l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’incompétence ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l’illégalité affectant la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnait l’article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2025, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision en date du 23 janvier 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Iggert, président, a été entendu au cours de l’audience publique.
Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
M. B... A..., ressortissant algérien né le 6 juillet 1992, est entré en France le 28 septembre 2017 sous couvert d’un visa « étudiant ». Il a obtenu plusieurs certificats de résidence algérien dont le dernier était valable du 15 juin 2023 au 14 juin 2024. Le 22 avril 2024, il a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien sur le fondement de l’article 5 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 1er octobre 2024, le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A... demande au tribunal l’annulation de cette décision.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ».
M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 23 janvier 2025. Les conclusions du requérant tendant à ce que le tribunal l’admette provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet et il n’y a, par suite, plus lieu d’y statuer.
Sur la légalité de l’arrêté du 1er octobre 2024 :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
Par un arrêté du 6 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. Richard Smith, secrétaire général de la préfecture, à l’effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l’Etat dans le département, à l’exception de certaines mesures au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que M. C..., signataire de la décision prise à l’encontre de M. A..., ne dispose pas d’une délégation de signature doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
En premier lieu, l’arrêté énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des diverses décisions qu’il comporte et satisfait dès lors à l’obligation de motivation.
En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle aurait omis de procéder à l’examen sérieux de la situation de M. A... et n’aurait pas pris en compte les éléments relatifs à sa situation personnelle avant de statuer sur sa demande de titre de séjour. Si l’arrêté mentionne que le requérant n’a pas justifié du suivi réel et sérieux de ses études, il n’est pas contesté que ce dernier a été inscrit à trois reprises en maîtrise de droit de l’entreprise puis des affaires de 2017 à 2020 et qu’il n’a validé aucune de ses années. Par ailleurs, la circonstance que l’arrêté mentionne le défaut de production de l’autorisation de travail requise est sans incidence sur sa légalité dès lors qu’il ressort des pièces du dossier, sans qu’il ne soit contesté par l’intéressé, que son employeur a refusé d’effectuer la démarche d’obtention de l’autorisation de travail en raison de son comportement inapproprié sur le lieu de travail. Par suite, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d’un défaut d’examen particulier et actualisé de sa situation personnelle, ni que le préfet de la Moselle se serait cru à tort en situation de compétence liée.
En troisième lieu, M. A... ne peut utilement se prévaloir d’un moyen tiré de ce que le préfet de la Moselle se serait cru lié par l’avis du collège des médecins de l’OFII dès lors qu’il n’est pas établi ni même allégué que ce dernier aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement de son état de santé.
En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
M. A... se prévaut de sa durée de présence en France, de sa scolarité, de son insertion professionnelle et de sa maîtrise de la langue française. Néanmoins, si le requérant est présent en France depuis sept ans à la date de la décision attaquée, il n’établit pas avoir noué des liens privés ou familiaux d’une intensité particulière. De surcroît, si l’intéressé se prévaut de son parcours scolaire et de son insertion professionnelle, il ressort des pièces du dossier d’une part qu’il a été inscrit à trois reprises en maîtrise de droit de l’entreprise puis en droit des affaires de 2017 à 2020 et qu’il n’a validé aucune de ces années, et d’autre part que son employeur a refusé d’effectuer les démarches d’obtention de l’autorisation de travail en raison de ses comportements agressifs et irrespectueux et de sa consommation de stupéfiants sur le lieu de travail. Par ailleurs, le requérant n’établit être dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à l’âge de 25 ans et où résident ses parents et ses quatre frères et sœurs. Dans ces conditions, la décision attaquée n’a pas porté au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le préfet de la Moselle a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n’est pas davantage fondé à soutenir que la décision serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et tiré de l’exception d’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu’être écarté.
En deuxième lieu, l’arrêté énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des diverses décisions qu’il comporte et satisfait dès lors à l’obligation de motivation.
En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point 9, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :
En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A..., la décision comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.
En second lieu, si M. A... soutient que la décision lui octroyant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de son état de santé, il n’assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d’en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
En premier lieu, l’arrêté énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des diverses décisions qu’il comporte et satisfait dès lors à l’obligation de motivation.
En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales est dépourvu de toute précision, notamment factuelle, permettant au tribunal d’en apprécier le bien-fondé.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d’injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A... tendant à son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l’audience du 3 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Iggert, président,
- Mme Malgras, première conseillère,
- Mme Thibault, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 novembre 2025.
Le président-rapporteur,
J. IGGERT
L’assesseure la plus ancienne,
S. MALGRAS
La greffière,
S. BILGER-MARTINEZ
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,