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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2500340

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2500340

jeudi 5 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2500340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantKLING

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. D, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté du préfet du Haut-Rhin du 16 décembre 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Le tribunal a examiné les moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation, la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que les vices de procédure allégués. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, le juge ayant estimé que les moyens n'étaient pas fondés. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la Convention européenne des droits de l'homme et l'accord franco-algérien.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 janvier et 24 mars 2025, M. B D, représenté par Me Kling, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elle méconnaissent le principe du respect des droits de la défense ;

- elles sont entachées d'une absence d'examen particulier de sa situation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L 423-23 du code du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article R. 313-16-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il relève de la procédure propre à l'exercice d'une activité indépendante et non salariée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il relève des dispositions propres à l'exercice d'une activité indépendante et non salariée en application de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 5 de l'accord franco-algérien ;

- il remplit les critères pour une admission exceptionnelle au séjour ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2025, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 avril 2025.

Un mémoire produit par M. D a été enregistré le 9 mai 2025, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Deffontaines a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 10 avril 1976, de nationalité algérienne, est entré en France pour la dernière fois le 24 octobre 2024, muni d'un passeport revêtu d'un visa à multiples entrées, valide pour la période du 6 juin 2024 au 3 décembre 2024. Le 8 juillet 2024, M. D a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien. Par un arrêté du 16 décembre 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / (). ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

4. En premier lieu, l'arrêté du 16 décembre 2024 a été signé par Mme C A, cheffe du bureau de l'admission au séjour, qui a reçu délégation à cet effet, en cas d'absence ou d'empêchement de M. F E, directeur de l'immigration, de la citoyenneté et de la légalité, par un arrêté du préfet en date du 3 octobre 2024 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour, accessible tant au juge qu'aux parties. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni de la lecture de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Haut-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D.

7. En quatrième lieu, en l'absence de précisions permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé, les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance des stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de la méconnaissance du principe des droits de la défense ne peuvent qu'être écartés.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. En l'espèce, M. D fait valoir qu'il s'est rendu à plusieurs reprises en France depuis le 11 juin 2024 et qu'il est le dirigeant de deux entreprises immatriculées en Algérie ainsi que le gérant de plusieurs sociétés dont une vise à développer son activité sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-huit ans, qu'il ne résidait en France que depuis moins de deux mois à la date de la décision attaquée, qu'il n'a jamais travaillé en France et que son épouse et ses quatre enfants demeurent dans son pays d'origine. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant refus de titre de séjour :

10. En premier lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis. ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention "salarié" ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française. () / c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité (). ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7,7bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. (). ".

11. Les stipulations précitées des articles 5 et 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 n'ont ni pour objet ni pour effet de dispenser les ressortissants algériens de l'obligation, posée à l'article 9 précité, d'obtenir un visa de long séjour préalablement à l'entrée en France en vue de l'exercice d'une activité professionnelle. En l'espèce, il est constant que le requérant est arrivé sur le territoire français muni d'un visa de tourisme et qu'il a sollicité un certificat de résidence pour raison professionnelle. Compte tenu du motif retenu pour refuser la délivrance à M. D d'un certificat de résidence, à savoir l'absence de présentation d'un visa de long séjour, le requérant ne peut, en tout état de cause, utilement soutenir le préfet du Haut-Rhin aurait examiné sa demande au titre de l'exercice d'une activité professionnelle salariée et non indépendante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au motif que le requérant relève des dispositions propres à l'exercice d'une activité indépendante et non salariée ne peut qu'être écarté comme inopérant. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du vice de procédure au regard de l'ancien article R. 313-16-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En deuxième lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France pour y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Il s'ensuit que ne leur sont pas applicables les dispositions de l'article L. 421-5 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

13. En dernier lieu, à supposer que le requérant s'en prévale, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte des points précédents que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour prise à son encontre. Dès lors, il n'est pas davantage fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

15. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin ait entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi :

16. Il résulte des points précédents que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Dès lors, il n'est pas davantage fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de renvoi.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 décembre 2024 pris à son encontre par le préfet du Haut-Rhin doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Kling et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

Mme Deffontaines, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2025.

La rapporteure,

L. DEFFONTAINES

Le président,

T. GROS

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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