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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2500658

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2500658

mercredi 12 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2500658
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKAISER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 janvier 2025, et un mémoire enregistré le 3 février 2025, M. C B, représenté par Me Kaiser, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- les décisions contestées sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;

- elles sont entachées d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a porté atteinte aux droits de la défense ;

- le préfet a porté une atteinte excessive à sa vie privée et familiale ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- son état de santé nécessite une prise en charge médicale ;

- il ne pourra s'insérer professionnellement en Algérie ;

- il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boutot en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boutot, magistrat désigné ;

- les observations de Me Kaiser, avocate de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. B, assisté de M. D, interprète en langue arabe.

Le préfet du Bas-Rhin n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A, signataire des décisions contestées, était compétente pour ce faire en vertu d'un arrêté de délégation du 10 janvier 2025 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont dès lors régulièrement motivées.

4. En troisième lieu, il ne résulte d'aucun des termes des décisions contestées que celles-ci seraient entachées d'un défaut d'examen.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas précisé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, si le requérant soutient que les droits de la défense ont été méconnus, il s'en tient à cette contestation générale, sans sérieusement remettre en cause les mentions de la décision contestée qui visent le débat contradictoire notifié le 14 janvier 2025.

Le moyen doit être écarté.

7. En deuxième lieu, si M. B soutient que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences graves, et que son handicap rend impossible son insertion professionnelle en Algérie, ces allégations générales ne sont assorties d'aucun élément. Le moyen doit être écarté.

8. En troisième lieu, à supposer que le requérant ait entendu soutenir qu'il ne représenterait pas une menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné, en 2019, pour des faits de vol et pour meurtre, puis, en 2023, pour des faits d'usage de stupéfiant et de recel, puis, en dernier lieu, pour des faits de violence commis le 1er juillet 2024. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité et du caractère répété de ces infractions, le comportement du requérant représente une menace à l'ordre public. Le moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, le requérant n'apporte aucun élément quant aux liens personnels et familiaux dont il dispose en France et, en toute hypothèse, il doit être tenu compte de la menace réelle et actuelle à l'ordre public qu'il représente. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est assorti d'aucun élément nouveau et doit être écarté pour les mêmes motifs que précédemment.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

11. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, qui n'est assorti d'aucun élément, ne peut qu'être écarté, de même que le moyen tiré d'une atteinte excessive à la vie privée et familiale du requérant.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

12. Il n'est établi par aucun élément que la décision fixant le pays de renvoi serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation, le requérant n'établissant pas être exposé à un risque prohibé en Algérie, ni être dépourvu d'attaches dans ce pays.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France en 2017, a fait l'objet de deux mesures d'éloignement, la dernière en date du 26 avril 2024 assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans, et qu'après avoir été éloigné le 17 juillet 2024, le requérant est cependant revenu sur le territoire irrégulièrement et alors qu'il était interdit de territoire. En l'absence totale de liens démontrés avec la France, et de la menace à l'ordre public qu'il représente, il n'est pas établi qu'en fixant à cinq ans la durée de son interdiction de retour, le préfet du Bas-Rhin aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation ou porté une atteinte excessive au droit du requérant à une vie privée et familiale normale.

Le moyen doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 janvier 2025. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Kaiser et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.

Le magistrat désigné,

L. Boutot

La greffière

R. Van Der Beek

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

R. Van Der Beek

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