vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2500851 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GRÜN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 4 février 2025 sous le numéro 2500851, M. A D, représenté par Me Grün, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités croates ;
3°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin l'a assigné à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer une attestation de demande d'asile selon la procédure normale et de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le transfert :
- l'administration n'a pas procédé à un examen complet et particulier de sa demande ;
- la signataire de l'arrêté ne justifie pas avoir reçu délégation pour ce faire ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- il n'a pas bénéficié de l'information requise par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel et confidentiel dans les formes prescrites par l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il n'a pas bénéficié des services d'un interprète lors de la notification de la décision de transfert, en méconnaissance de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 paragraphe 1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît le paragraphe 2 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- l'assignation à résidence est insuffisamment motivée ;
- la signataire de l'arrêté ne justifie pas avoir reçu délégation pour ce faire ;
- l'arrêté attaqué est illégal par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision de transfert ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le transfert ne demeure pas une perspective raisonnable ;
- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée, dans ses modalités, au droit d'aller et venir et de circuler librement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 4 février 2025 sous le numéro 2500852, Mme G épouse D, représentée par Me Grün, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités croates ;
3°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin l'a assignée à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer une attestation de demande d'asile selon la procédure normale et de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le transfert :
- l'administration n'a pas procédé à un examen complet et particulier de sa demande ;
- la signataire de l'arrêté ne justifie pas avoir reçu délégation pour ce faire ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- elle n'a pas bénéficié de l'information requise par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle n'a pas bénéficié d'un entretien individuel et confidentiel dans les formes prescrites par l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle n'a pas bénéficié des services d'un interprète lors de la notification de la décision de transfert, en méconnaissance de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 paragraphe 1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît le paragraphe 2 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- l'assignation à résidence est insuffisamment motivée ;
- la signataire de l'arrêté ne justifie pas avoir reçu délégation pour ce faire ;
- l'arrêté attaqué est illégal par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision de transfert ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le transfert ne demeure pas une perspective raisonnable ;
- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée, dans ses modalités, au droit d'aller et venir et de circuler librement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Biget pour statuer sur les litiges relevant de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Biget, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées concernent la situation d'un couple de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
2. M. et Mme D, ressortissants turcs nés respectivement le 12 octobre 1990 et le 25 octobre 2005, ont présenté des demandes d'asile qui ont été enregistrées le 14 octobre 2024. Par deux arrêtés du 13 janvier 2025, le préfet du Bas-Rhin a décidé leur transfert respectif aux autorités croates. Par deux arrêtés du même jour, le préfet les a respectivement assignés à résidence pendant quarante-cinq jours. Les requérants demandent au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence de la signataire des quatre arrêtés attaqués :
5. Les arrêtés attaqués ont été signés par Mme B F, cheffe du pôle régional Dublin, qui disposait pour ce faire d'une délégation en vertu d'un arrêté du 10 janvier 2025 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, lequel est au demeurant directement accessible en ligne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de ces arrêtés manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les transferts aux autorités croates :
6. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de chacun des époux D.
7. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.
8. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative n'affectent pas sa légalité et n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux. En tout état de cause, contrairement aux allégations des requérants, ils ont bénéficié de l'assistance d'un interprète, en langue turque, lors de la notification des arrêtés attaqués, sans qu'il soit établi que l'absence d'indication de l'identité de cet interprète ait pu avoir une quelconque influence sur leur traduction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux conditions d'assistance d'un interprète doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 3. La commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme D se sont vu remettre, le 14 octobre 2024, deux brochures d'information ainsi qu'un guide du demandeur d'asile, contenant les éléments visés par les dispositions précitées, documents rédigés dans une langue qu'ils ont déclaré comprendre. Par suite, le moyen tiré du défaut de communication des informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que les époux D ont chacun bénéficié, le 14 octobre 2024, d'un entretien individuel qui a été conduit par un agent qualifié de la préfecture du Bas-Rhin, dans une langue qu'ils ont déclaré parler et comprendre, et que les intéressés ont eu la possibilité de faire état de toute information pertinente relative à leur situation en vue de la détermination de l'Etat responsable. Les requérants n'établissant pas que ces entretiens n'auraient pas été réalisés selon les formes et les conditions posées par l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure ainsi suivie doit, dès lors, être écarté.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, notamment à l'article 4, et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment à l'article 3, aux termes duquel : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
14. M. et Mme D n'assortissent d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé leurs moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et stipulations et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet pour n'avoir pas fait usage de la clause dérogatoire qu'elles prévoient. Ces moyens ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.
15. En septième lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Bas-Rhin a accompli les démarches aux fins de déterminer l'Etat responsable de l'examen de leurs demandes d'asile. Par ailleurs, il n'est pas établi, ni d'ailleurs allégué, qu'il y aurait de sérieuses raisons de croire qu'il existerait dans le pays de transfert des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs.
Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
16. En huitième lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. / La requête aux fins de prise en charge comporte tous les éléments dont dispose l'État membre requérant pour permettre à l'État membre requis d'apprécier la situation. () ".
17. Les époux D soutiennent que le préfet n'a pas transmis à l'Etat de transfert tous les éléments dont il disposait pour lui permettre d'apprécier leur situation, en méconnaissance des dispositions citées au point précédent. Cependant, ces dispositions ont vocation à régir la situation d'une personne ayant sollicité une demande de protection internationale dans un Etat membre et qui consent à ce que celui-ci sollicite un autre Etat membre afin qu'en dérogation aux règles de détermination de l'Etat membre responsable, la personne concernée puisse rejoindre cet Etat " pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels ".
Ne se trouvant pas dans une telle situation, les requérants ne peuvent donc utilement se prévaloir de ces dispositions afin de voir leur demande d'asile examinée par la France. Il suit de là que le moyen ne peut qu'être écarté.
18. En neuvième lieu, les requérants n'assortissent leur moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne les assignations à résidence :
19. En premier lieu, les moyens dirigés contre les décisions de transfert ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.
20. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.
21. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. () ".
22. Il résulte de ce qui précède que les époux D font l'objet de décisions de transfert valides. Ils ne font état d'aucun élément permettant de considérer que l'exécution de leurs transferts ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont leurs assignations à résidence seraient entachées au regard de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
23. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.
24. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'eu égard à leurs modalités et compte tenu des buts en vue desquels elles ont été prises les assignations à résidence contestées seraient disproportionnées. Par ailleurs, elles ne portent pas atteinte à la liberté d'aller et venir ou de circulation, compte tenu de l'irrégularité de leur séjour en France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme D à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
26. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par les époux D, n'appelle aucune mesure d'exécution. Leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent, dès lors, pareillement qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1 : M. et Mme D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme E C épouse D, à Me Grün et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.
Le magistrat désigné,
O. Biget
La greffière,
R. Van der Beek
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. Van der Beek
Nos 2500851, 250085
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026