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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2501094

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2501094

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2501094
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAARPI L'ILL LÉGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 et 20 février 2025, Mme A B, représentée par Me Thalinger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision en date du 5 février 2025 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Strasbourg a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 5 février 2025, dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, et en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est en situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2025, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Milbach en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milbach, magistrate désignée ;

- les observations de Mme E, élève avocate, en présence de Me Thalinger, avocat de Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans la requête et soutient en outre que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen ;

- et les observations de Mme B, assistée de M. C, interprète en langue wolof, qui indique vouloir rester en France.

L'OFII n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Deux notes en délibéré, présentées pour Mme B, ont été enregistrées les 21 et 24 février 2025 et n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 5 février 2025, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Strasbourg a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme B au motif qu'elle n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président ou par le président de la commission mentionnée à l'article L. 432-13 ou à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué.".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

4. En premier lieu, par une décision du 30 mars 2022, publiée sur le site internet de l'OFII, son directeur général a donné délégation à Mme F D, directrice territoriale de Strasbourg pour signer les décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction territoriale de Strasbourg. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme D n'était pas compétente pour signer la décision en litige doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions individuelles refusant à un demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, qui sont prises sur une demande de l'intéressé, n'entrent pas, en tout état de cause, dans le champ des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Il ressort des pièces du dossier que la requérante a déclaré, lors de son entretien de vulnérabilité, le 5 février 2025, avoir été informée, en langue française qu'elle comprend, des dispositions de l'article L. 551-15 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au refus et à la cessation de ces conditions matérielles d'accueil. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si la requérante se prévaut de ce que son fils a également sollicité l'asile, il est constant que la requérante, en sa qualité de représentante légale, a déposé la demande d'asile de son fils à la même date que la sienne. Ainsi et alors qu'il ressort des termes de la décision attaquée que l'OFII a tenu compte de la composition familiale et qu'il a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que l'asile n'a pas été sollicité, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen de la situation de la requérante et n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à sa situation personnelle avant d'édicter la décision en litige. Ainsi, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai [de quatre-vingt-dix-jours à compter de son entrée en France]. La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

9. D'une part, si la requérante se prévaut de ce qu'elle n'a pas pu déposer sa demande d'asile dans le délai mentionné par les dispositions précitées en raison de son arrivée sur le territoire français enceinte le 15 novembre 2023, qu'elle a été victime d'une fausse couche le 14 décembre 2023 et hospitalisée pendant cinq jours et qu'elle bénéficie d'un suivi psychologique, ces circonstances ne sont pas suffisantes pour justifier d'un motif légitime pour n'avoir sollicité l'asile que le 5 février 2025, soit plus d'un an après son arrivée en France et la fausse couche dont elle a été victime. D'autre part, la seule circonstance qu'elle soit mère isolée avec deux enfants, dont le plus jeune est âgé de plus de trois ans, n'est pas suffisante pour caractériser une situation de vulnérabilité particulière de nature à justifier l'octroi des conditions matérielles d'accueil, alors qu'au demeurant il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, son hébergement avec ses deux enfants était pris en charge par la collectivité européenne d'Alsace. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Thalinger et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

La magistrate désignée,

C. MilbachLa greffière,

R. Van Der Beek

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van Der Beek

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