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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2501218

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2501218

jeudi 26 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2501218
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantFONTAINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. B, ressortissant sénégalais, qui contestait l'arrêté du préfet du Bas-Rhin du 7 janvier 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a estimé que la décision attaquée était légale, notamment au regard des articles 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, et qu'aucun des moyens soulevés (incompétence, défaut de motivation, erreur de fait, etc.) n'était fondé. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes, y compris la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement et les conclusions aux fins d'injonction et de frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 février et 21 mai 2025, M. E B, représenté par Me Fontaine, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la décision définitive de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;

4°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Fontaine, son avocate, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français emporte par voie de conséquence l'illégalité de la décision octroyant un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 7 de la directive 2008/115/CE ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français emporte par voie de conséquence l'illégalité de la décision fixant le pays de destination ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français emporte par voie de conséquence l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

- il présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de sa demande par la Cour nationale du droit d'asile en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucuns des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg du 4 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cormier,

- et les observations de Me Fontaine, représentant de M. B, présent à l'audience.

Deux notes en délibérés présentées pour M. B ont été enregistrées les 6 et 17 juin 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né en 1979, est entré en France le 26 avril 2016. Sa demande d'asile a été rejetée le 30 décembre 2016 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et le 30 octobre 2017 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée le 14 novembre 2024 par l'OFPRA. Par un arrêté du 7 janvier 2025, dont il demande l'annulation, le préfet du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par une ordonnance du 10 avril 2025, le juge des référés du tribunal a enjoint au préfet du Bas-Rhin de le convoquer, ainsi que la mère de leur fille mineure, Mme F B, pour procéder à l'enregistrement de la demande d'asile de cette dernière dans un délai de trois jours. Par un arrêté du 11 avril 2025, le préfet du Bas-Rhin a modifié l'article 3 de l'arrêté en litige en étendant l'éloignement du requérant vers son pays d'origine ou vers ceux où sa concubine et leurs enfants sont légalement admissibles.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. M. B été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2025. Il n'y a pas lieu, par suite, de statuer sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

3. L'arrêté du 7 janvier 2025 a été signé par Mme C D, cheffe de section, qui disposait pour ce faire d'une délégation accordée le 28 octobre 2024 et publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'articles L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

5. La décision contestée mentionne notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet du Bas-Rhin a fait application et indique, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles ce dernier s'est fondé pour prendre la décision en litige. En tout état de cause, le préfet n'était pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de M. B dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. B. À cet égard, si la décision attaquée mentionne qu'il est célibataire, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet aurait pris une autre décision en mentionnant la circonstance que le requérant a déclaré vivre en concubinage. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur de fait ne peuvent qu'être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En l'espèce, si M. B fait valoir qu'il est présent en France depuis 2016, la durée de son séjour n'est due qu'au temps nécessaire pour l'instruction de sa demande d'asile et sa demande de réexamen. Si M. B soutient qu'il vit en couple avec Mme A qui est de nationalité guinéenne, et qu'ils ont une enfant en commun, F B, qui est atteinte de trisomie 21, il est constant que sa compagne fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. En outre, le requérant ne démontre pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment aux conditions de séjour de M. B en France, le préfet, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ladite décision a été prise. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français critiquée ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'exécution de la décision litigieuse aurait pour effet de mettre un terme à la cellule familiale que le requérant forme avec son enfant et sa concubine, que ce soit au Sénégal ou en Guinée, dès lors que cette dernière, ressortissante de ce pays, fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que sa fille ne pourrait pas être suivie médicalement au Sénégal ou en Guinée. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Bas-Rhin a méconnu les stipulations précitées.

11. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ".

13. En l'espèce, s'il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité l'asile au nom de sa fille, F B, que cette dernière s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile le 11 avril 2025 et qu'il n'est pas contesté qu'elle a été entendue le 4 juin 2025 par l'OFPRA, ces événements concernent Mme F B et sont postérieurs à la date d'édiction de la décision contestée, de sorte que le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision octroyant un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, il résulte des points précédents que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Dès lors, il n'est pas davantage fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision octroyant un délai de départ volontaire.

15. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. B.

16. En dernier lieu, en se bornant à soutenir qu'au vu des circonstances particulières dont le préfet avait connaissance, il se devait de lui octroyer un délai de départ supérieur à trente jours ou à tout le moins d'examiner cette possibilité, le requérant n'établit pas que le délai de droit commun de trente jours qui lui a été accordé serait manifestement insuffisant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7 de la directive 2008/115/CE ne peut être accueilli.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, il résulte des points précédents que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Dès lors, il n'est pas davantage fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de destination.

18. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. B.

19. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

20. Si M. B soutient que sa fille mineure encourt des risques de traitements inhumains et dégradants en retournant au Sénégal ou en Guinée, en raison de son genre et de son handicap, il est constant qu'elle n'a pas, à la date de la décision attaquée, formulé de demande d'asile sur ces fondements. En tout état de cause, les éléments produits à l'instance ne permettent pas de faire présumer un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Sénégal ou en Guinée. Dans ces conditions, la fille mineure de l'intéressé ne peut être considérée comme encourant un risque personnel et actuel au sens des stipulations précitées. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour :

21. En premier lieu, il résulte des points précédents que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Dès lors, il n'est pas davantage fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

22. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. B.

23. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

24. Il résulte des dispositions précitées qu'il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour sur le territoire français de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

25. En l'espèce, le préfet du Bas-Rhin a prononcé l'interdiction de retour sur le territoire français, en faisant état de ce que M. B se déclare être célibataire et avoir un enfant à charge, qu'il ne peut justifier de l'absence d'attaches dans son pays d'origine, et qu'il est présent sur le territoire français depuis plus de huit ans, alors que sa demande d'asile a été rejetée par la CNDA, ainsi que sa demande de réexamen. Le requérant, qui ne conteste pas ces éléments, hormis le fait qu'il déclare être en couple avec Mme A, n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français édictée à son encontre est entachée d'une erreur d'appréciation tirée de son caractère disproportionné. Le moyen doit donc être écarté.

26. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension :

28. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

29. Alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité l'asile pour sa fille F B et qu'il n'a pas été statué par l'OFPRA ni par la CNDA sur cette demande, le requérant doit être regardé comme apportant dans le cadre de la présente instance des éléments sérieux de nature à justifier la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français durant l'examen de son recours par la CNDA. Ainsi, M. B fait valoir le risque très élevé d'excision pour sa fille au Sénégal, le fort taux de prévalence qui y règne et que les enfants et femmes non mutilées y constituent un groupe social au sens de la convention de Genève. M. B fait également valoir que sa fille a les mêmes craintes en cas de retour en Guinée, pays de sa mère. Dès lors, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à ce qu'une décision définitive soit rendue sur la demande d'asile présentée au nom de sa fille F B.

30. L'exécution du présent jugement implique que M. B se voit remettre une attestation de demande d'asile, prévue par l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile valable jusqu'à la décision de la CNDA. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de délivrer cette attestation dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

31. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 7 janvier 2025 du préfet du Bas-Rhin est suspendue jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de sa décision, soit, s'il est statué par ordonnance jusqu'à la date de la notification de celle-ci.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Bas-Rhin de délivrer à M. B une attestation de demande d'asile valable jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile, ou si celle-ci est saisie, jusqu'à sa décision, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, au préfet du Bas-Rhin et à Me Fontaine. Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

Mme Deffontaines, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025.

Le rapporteur,

R. CORMIER

Le président,

T. GROSLe greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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