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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2501606

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2501606

mercredi 20 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2501606
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDUSS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. B A contestant l'arrêté du préfet de la Moselle du 26 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour pendant deux ans. Le tribunal a jugé que la décision avait été signée par une autorité régulièrement habilitée. Il a également estimé que le préfet n'avait pas commis d'erreur de droit ou d'appréciation en prononçant une obligation de quitter le territoire plutôt qu'une réadmission en Espagne, et que les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme étaient infondés. La requête a été rejetée dans son ensemble, y compris les demandes d'injonction et de frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 février et 2 mai 2025, M. B A, représenté par Me Duss, demande au tribunal administratif de Strasbourg :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2025 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de procéder sans délai à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions contestées ont été signées par une personne non habilitée à cette fin ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, plutôt qu'une mesure de réadmission en Espagne, où réside toute sa famille ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le risque de fuite, sur lequel s'est fondé le préfet pour la prendre, n'est pas établi ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2025, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience

Le rapport de M. Rees a été entendu au cours de l'audience publique, où aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur le moyen commun à toutes les décisions contestées :

1. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient le requérant, l'agent du bureau de l'éloignement et de l'asile qui a signé les décisions contestées a été régulièrement habilité à cette fin par un arrêté préfectoral du 17 octobre 2024, publié le 28 octobre 2024.

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 621-1 de ce code : " Par dérogation () à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 (), l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7 ". Aux termes de l'article L. 621-2 de ce code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne () l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009 ". Aux termes de l'article L. 621-3 de ce code : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité ".

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans leur champ d'application, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français, sur le fondement de l'article L. 611-1. Il appartient donc à l'autorité administrative d'examiner chacune de ces possibilités, sans que l'une de ces procédures ne présente un caractère prioritaire par rapport à l'autre. En revanche, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal de son audition par les services de la police aux frontières, le 26 janvier 2025, que M. A n'a pas demandé à être éloigné vers l'Espagne. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier pas du seul fait que l'arrêté en litige n'en fasse pas état, que le préfet n'a pas examiné la possibilité de le remettre à cet Etat, plutôt que de l'obliger à quitter le territoire français. Enfin, si M. A fait valoir que sa famille réside en Espagne, il est constant qu'il n'y est pas admis au séjour et, de surcroît, il a déclaré, lors de son audition, être venu en France pour y travailler et vouloir s'y établir. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de le remettre aux autorités espagnoles et en décidant plutôt de l'obliger à quitter le territoire français.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Dès lors que le requérant a lui-même choisi de quitter sa famille, qui réside en Espagne, pour s'établir en France, le préfet, en s'abstenant de le remettre aux autorités espagnoles et en décidant plutôt de l'obliger à quitter le territoire français, ne saurait être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit donc être écarté.

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

9. D'une part, il est constant que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il n'y a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. D'autre part, il ne dispose que d'un passeport périmé et ne justifie d'aucune résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Dès lors, le préfet a pu légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire au motif qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu, pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

13. En second lieu, pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Moselle, et à Me Duss. Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2025 à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Dobry, première conseillère,

Mme Poittevin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2025.

Le rapporteur,

P. REESL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. DOBRY

La greffière,

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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