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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2501610

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2501610

jeudi 26 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2501610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantL'ILL LEGAL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. E, ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté du préfet du Bas-Rhin du 28 janvier 2025 refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence, la signataire de l'arrêté bénéficiant d'une délégation régulière. Il a également jugé que le refus de séjour ne méconnaissait pas les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme. En conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination ont été maintenues.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 février 2025, M. C E, représenté par Me Thalinger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler, l'arrêté du 28 janvier 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale sous astreinte de 155 euros par jour de retard, et dans l'attente de lui délivrer sans délai une attestation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation administrative sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros hors taxes, à verser à Me Thalinger, son avocat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

- les décisions sont entachées d'incompétence.

Sur les moyens propres à la décision portant refus de séjour :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est illégale du fait de l'exception d'illégalité de la carte de séjour temporaire délivrée précédemment ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur les moyens propres à la décision octroyant un délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg du 4 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de formation a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gros ;

- les observations de Me Thalinger, représentant M. E, présent à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant tunisien né le 25 juillet 2000, est entré en France le 25 décembre 2021 sous couvert d'un visa court séjour valable jusqu'au 18 mars 2022. Par une demande du 16 novembre 2023, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 27 février 2024, il s'est vu remettre une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 26 novembre 2024. Par une demande du 2 septembre 2024, il a sollicité le renouvellement de son admission au séjour. Par un arrêté du 28 janvier 2025, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Bas-Rhin a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2025. Il n'y a pas lieu, par suite, de statuer sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions en litige :

3. Les décisions en litige ont été signées par Mme A F, cheffe du bureau de l'admission au séjour, qui a reçu délégation à cet effet, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, directeur des migrations et de l'intégration, et de Mme B, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, par un arrêté du préfet du Bas-Rhin en date du 28 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour, accessible tant au juge qu'aux parties. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D et Mme B n'auraient pas été absents ou empêchés à la date des décisions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, si la décision en litige qualifie la demande de M. E du 2 septembre 2024, rappelée au point 1, de seconde demande d'admission au séjour plutôt que de demande de renouvellement de titre de séjour, cette erreur de plume, pour regrettable qu'elle soit, est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée lui refusant le séjour en raison de son état de santé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'illégalité d'un acte administratif non réglementaire ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.

6. Si le requérant fait valoir que la carte de séjour qui lui a été délivrée le 27 février 2024 pour une durée de neuf mois, et non d'un an, méconnaît dans cette mesure les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée du 28 janvier 2025 ait été prise sur le fondement de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision du 27 février 2024 et de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration au motif que c'est à tort que l'administration aurait abrogé la décision initiale du 27 février 2024 doit être écarté comme inopérant.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. ".

9. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, de sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que pour refuser à M. E la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé, le préfet du Bas-Rhin s'est notamment fondé sur l'avis émis le 25 novembre 2024 par le collège de médecins de l'OFII qui a estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques de son système de santé, et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que le requérant présente une schizophrénie dysthymique à l'origine d'hallucinations acoustico-verbales, et qu'il bénéficie à ce titre d'un suivi infirmier pluri-hebdomadaire et d'un traitement à base de valproate 500 mg, de rispéridone 4 mg et de palipéridone 525 mg. Toutefois, l'attestation de non-commercialisation en Tunisie du Trevicta, médicament qui lui est prescrit, et la capture d'écran du site Internet " santé-tunisie.com " qu'il produit, ne permettent pas de démontrer de manière suffisamment probante qu'il serait impossible pour le requérant de poursuivre son traitement ou de se procurer un équivalent à base de palipéridone, notamment le Xeplion, dans son pays d'origine. Il s'ensuit que M. E n'est pas fondé à soutenir que le refus de séjour contesté méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision portant refus de séjour. Par suite, il n'est pas davantage fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire.

12. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. En l'espèce, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations précitées n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il doit être écarté, ainsi que, pour le même motif, celui tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, doit être écarté.

15. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas davantage fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas davantage fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de destination.

17. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

18. En l'espèce, ainsi qu'il a été exposé au point 10, le requérant ne démontre pas qu'il ne pourrait pas poursuivre son traitement ni bénéficier d'un suivi médical adéquat dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 janvier 2025 pris à son encontre par le préfet du Bas-Rhin doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à titre provisoire de M. C E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Thalinger et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

Mme Deffontaines, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025.

Le président-rapporteur,

T. GROS

L'assesseur le plus ancien,

R. CORMIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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