jeudi 22 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2502755 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ZIMMERMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 avril 2025, M. C D, représenté par Me Zimmermann, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2025 de la préfète de Meurthe-et-Moselle portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
3°) de suspendre l'exécution de la décision d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué ;
4°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2025 par lequel le préfet de la Moselle a décidé de l'assigner à résidence ;
5°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du juillet 1991.
M. D soutient que :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions :
- les décisions sont entachées d'un vice d'incompétence ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est contraire aux stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne le refus de départ volontaire :
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire rend illégale cette décision ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne le pays de destination :
- la décision est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car elle est disproportionnée ;
En ce qui concerne la demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :
- il justifie de motifs sérieux à faire valoir devant la Cour national du droit d'asile ;
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire prive de fondement cette décision ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Simon en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Simon, magistrat désigné ;
- les observations de Me Zimmermann, avocate de M. D, absent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
Le préfet de la Moselle n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant géorgien, demande l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2025 de la préfète de Meurthe-et-Moselle qui l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixe le pays de destination et lui interdit le retour en France pendant une durée de vingt-quatre mois et l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2025 du préfet de la Moselle l'assignant à résidence.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Eu égard à l'urgence, il y a lieu de prononcer l'admission de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur le moyen commun aux décisions de la préfète de Meurthe-et-Moselle :
4. Par un arrêté du 12 décembre 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle régulièrement publié, M. A, sous-préfet de l'arrondissement de Lunéville, dans le cadre de sa permanence, dispose d'une délégation pour signer tous les actes relatifs aux étrangers. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".
6. Si M. D fait valoir que la préfète de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur manifeste d'appréciation en prononçant l'obligation de quitter le territoire français, il ressort des pièces du dossier que le requérant est connu en Allemagne sous dix-sept identités différentes et qu'il est défavorablement connu par la police et la justice allemande et française. En conséquence, la préfète de Meurthe-et-Moselle pouvait prendre la mesure sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.
7. Aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ". La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de priver M. D d'être représenté par un conseil devant la Cour nationale du droit d'asile, et elle ne méconnaît pas dès lors les stipulations de l'article 6 précité.
Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :
8. Les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire ayant été écartés, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.
9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
10. Si M. D fait valoir que la préfète de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur manifeste d'appréciation en prononçant cette mesure, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne dispose pas d'un droit au séjour en France et qu'il présente un risque qu'il se soustrait à la décision d'obligation de quitter le territoire. En conséquence, la préfète de Meurthe-et-Moselle pouvait refuser de lui accorder un délai pour quitter la France. Par suite le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
11. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
13. Il est constant que la demande d'asile de M. D a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Si le requérant se prévaut de ce qu'il court un risque en cas de retour dans son pays d'origine, il ne le démontre pas. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité la décision portant interdiction de retour :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
15. Il résulte des termes de la décision que, pour la prononcer, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur la circonstance selon laquelle aucun délai de départ volontaire n'était accordé au requérant et qu'il ne justifiait pas de circonstance humanitaire particulière. Pour fixer le délai de l'interdiction de retour, il a tenu compte du fait que le requérant est une menace pour l'ordre public. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions des articles précités et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète de Meurthe-et-Moselle a pu prendre la mesure litigeuse.
Sur la suspension de la mesure d'éloignement :
16. M. D n'apporte pas d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué. Dès lors, sa demande de suspension de la mesure d'éloignement sur le fondement de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être rejetée.
Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :
17. Si le préfet de la Moselle produit un arrêté du 8 avril 2025 qui porterait, selon lui, retrait de la mesure d'assignation à résidence, la formulation de l'article 1er de cet arrêté, qui est totalement incompréhensible, ne permet pas de considérer que la mesure portant assignation à résidence a été retirée.
18. Par arrêté du 17 octobre 2024 du préfet de la Moselle régulièrement publié, Mme B, agent de permanence au bureau de l'éloignement et de l'asile, dispose d'une délégation pour signer tous les actes relatifs aux étrangers. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision attaquée doit être écarté.
19. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision fixant portant assignation à résidence devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
20. En vertu de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable. En l'espèce, M. D est assigné à résidence dans le département de la Moselle pour une durée de quarante-cinq jours renouvelables deux fois. Il doit être présent tous les jours entre 6 heures et 9 heures à son lieu de résidence et doit se rendre tous les jeudis entre 15 heures et 17 heures auprès des services de police de Metz. Si le requérant fait valoir que cette mesure est particulièrement contraignante et qu'elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'administration ne pouvait prendre une mesure moins coercitive et elle n'a ni pour objet ni pour effet de le priver de ses relations familiales ou privées. Par suite le moyen doit être écarté.
21. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D tendant à l'annulation des arrêtés du 30 mars 2025 de la préfète de Meurthe-et-Moselle et du préfet de la Moselle et à la suspension de la mesure d'éloignement doit être rejetée. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction ainsi que de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1 : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Zimmeramnn et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2025.
Le magistrat désigné,
H. SimonLa greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026