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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2502759

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2502759

jeudi 15 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2502759
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHALCK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a examiné les requêtes de M. C, ressortissant arménien, contestant un arrêté du préfet du Bas-Rhin du 25 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour de deux ans, ainsi qu'une décision d'assignation à résidence du 31 mars 2025. Le tribunal a fait droit au moyen tiré de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, estimant que la mesure d'éloignement portait une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de l'intéressé. En conséquence, il a annulé l'obligation de quitter le territoire, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour, ainsi que, par voie de conséquence, l'assignation à résidence.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête, enregistrée le 10 avril 2025 sous le n° 2502964, M. A C, représenté par Me Schalck, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 du préfet du Bas-Rhin portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement , subsidiairement, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du juillet 1991.

M. C soutient que :

[0]- la requête est recevable, dès lors que la tardiveté de son introduction résulte d'une notification de l'arrêté à une adresse erronée.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de la décision, les droits de la défense ont été méconnus ;

- le préfet n'a pas examiné sa situation personnelle ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne le pays de destination :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire prive de fondement cette décision ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire prive de fondement cette décision ;

- la décision n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête comme non fondée.

II - Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6, 10 et 14 avril 2025 sous le n° 2502759, M. A C, représenté par Me Schalck, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- la décision attaquée est entachée du vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en étant disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2025 le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête comme étant non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Simon en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Simon, magistrat désigné ;

- les observations de Me Schalck, avocate de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. C, assisté de M. B, interprète en langue russe.

Le préfet du Bas-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2502759 et n° 2502964 sont relatives à la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite il y a lieu de statuer par un seul jugement.

2. M. C, ressortissant arménien, demande l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet du Bas-Rhin l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'annulation de la décision du 31 mars 2025 par laquelle le préfet du Bas-Rhin l'a assigné à résidence.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

4. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. C, qui est âgé de 72 ans, est logé depuis 2019 chez son fils qui le prend en charge. Le requérant est veuf. Il démontre que son état de santé se dégrade à cause de son âge. Il est suivi pour des troubles mnésiques et un ralentissement moteur. Il ressort également des débats lors de l'audience qu'il a besoin du soutien de ses enfants qui résident régulièrement en France titulaires de titre de séjour. Il ne dispose plus d'aucun contact en Arménie, son pays d'origine. En conséquence le préfet du Bas-Rhin en l'obligeant à quitter le territoire a commis une erreur manifeste d'appréciation. Par suite la décision du 24 juin 2024 est illégale et doit être annulée sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

7. Par voie de conséquence la décision du 31 mars 2025 par laquelle le préfet du Bas-Rhin a assigné à résidence M. C est annulée.

8. Au vu du moyen d'annulation, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

9. M. C a été admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Schalck, conseil du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Schalck de la somme de 1 200 euros hors taxe.

D E C I D E :

Article 1 : M. C est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés du préfet du Bas-Rhin du 24 juin 2024 et du 31 mars 2025 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Schalck, avocate de M. C, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros hors taxe en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Schalck renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Schalck et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2025.

Le magistrat désigné,

H. SimonLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

Nos 2502759, 2502964

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