Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête, enregistrée le 4 avril 2025, sous le n°2502761, M. A... B..., représenté par Me Thalinger, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 12 mars 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou, à défaut, « salarié », et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à Me Thalinger, son avocat, au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S’agissant du moyen commun aux décisions attaquées :
- elles sont entachées d’incompétence de l’auteur de l’acte ;
S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d’une absence d’examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d’erreurs de faits, dès lors que sa situation professionnelle n’a pas été prise en compte et qu’il réside de manière régulière sur le sol français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile entachée et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation à cet égard ;
- elle est entachée d’une erreur de droit, dès lors que la circulaire du 23 janvier 2025 n’est pas opposable et que le préfet ne pouvait ajouter une condition de durée non prévue par un texte ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée à cet égard d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elles méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant refus d’admission au séjour ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
S’agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation.
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
II – Par une requête, enregistrée le 4 avril 2025, sous le n° 2502762, Mme C... B..., représenté par Me Thalinger, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 12 mars 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » ou, à défaut, « salarié », et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à Me Thalinger, son avocat, au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S’agissant du moyen commun aux décisions attaquées :
- elles sont entachées d’incompétence de l’auteur de l’acte.
S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d’une absence d’examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d’erreurs de faits, dès lors que la situation professionnelle de son conjoint n’a pas été prise en compte et qu’elle réside de manière régulière sur le sol français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée à cet égard d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation à cet égard ;
- elle est entachée d’une erreur de droit, dès lors que la circulaire du 23 janvier 2025 n’est pas opposable et que le préfet ne pouvait ajouter une condition de durée non prévue par un texte ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant refus d’admission au séjour ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
S’agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation.
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
M. et Mme B... ont été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision de la section administrative du bureau d’aide juridictionnelle du 6 juin 2025.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Deffontaines,
- les observations de Me Thalinger, avocat de M. et Me B..., présents à l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. A... B... et Mme C... B..., ressortissants kosovars nés les 10 avril 1985 et 12 janvier 1991, sont entrés en France le 10 juillet 2019. Déboutés définitivement de leur demande d’asile par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par décisions du 30 octobre 2020, ils ont, par demande du 5 juin 2023, sollicité leur admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décisions du 12 mars 2025, dont les requérants demandent l’annulation, le préfet du Bas-Rhin n’a pas fait droit à leur demande d’admission au séjour, les a obligés à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Les requêtes susvisées n° 2502761 et 2502762, présentées par M. et Mme B..., qui concernent la situation d’une même famille, présentent à juger des questions similaires et ont fait l’objet d’une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
M. et Mme B... ont été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle par décisions du 6 juin 2025. Il n’y a plus lieu, par suite de statuer sur leur demande d’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, d’une part, que M. B... exerce un travail en qualité d’électricien, correspondant à son diplôme, depuis 2020, et que sa conjointe a également exercé à plusieurs reprises une activité professionnelle depuis 2023. D’autre part, les requérants se sont vu remettre, à leur arrivée en France en 2019, des attestations de demande d’asile, puis délivrer plusieurs autorisations provisoires de séjour. S’il résulte des termes des décisions attaquées que le préfet affirme avoir examiné de manière approfondie la situation personnelle et professionnelle des requérants, cette formulation est rédigée de manière trop générale et n’est complétée d’aucun élément permettant de caractériser un examen de la situation professionnelle des intéressés, dès lors qu’il ne mentionne pas leurs contrats de travail et énonce de manière erronée qu’ils sont en situation irrégulière depuis cinq ans. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation des requérants doit être accueilli.
En second lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour prendre les décisions attaquées, le préfet s’est fondé sur la circulaire du 23 janvier 2025 en considérant que les requérants ne remplissaient pas une condition de séjour minimum de sept ans. La circulaire du 23 janvier 2025 étant dépourvue de valeur règlementaire, les requérants sont fondés à soutenir que celle-ci n’est pas opposable et que le préfet ne pouvait ajouter une condition de durée non prévue par un texte. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit pour ce motif doit également être accueilli.
Il y a lieu pour ces motifs, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, de prononcer l’annulation des décisions portant refus de titre de séjour contestées et, par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
L’exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Bas-Rhin réexamine les demandes de titre de séjour de M. et Mme B.... Il y a lieu d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l’attente, de délivrer sans délai aux requérants une autorisation provisoire de séjour les autorisant à travailler, sans assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
M. et Mme B... ont obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros hors taxes, à verser à Me Thalinger, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.
D É C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande d’admission de M. et Mme B..., à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Les arrêtés du préfet du Bas-Rhin du 12 mars 2025 sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. et Mme B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour les autorisant à travailler.
Article 4 : L’État versera à Me Thalinger une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros hors taxes en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Thalinger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Mme C... B..., à Me Thalinger et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d’État, ministre de l’intérieur et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
Mme Deffontaines, première conseillère,
Mme Dobry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2025.
La rapporteure,
L. DEFFONTAINES
Le président,
T. GROS
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au ministre d’État, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,