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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2502970

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2502970

lundi 28 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2502970
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSABATAKAKIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a examiné la requête de M. B, ressortissant géorgien, contestant un arrêté préfectoral du 6 avril 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour d'un an et assignation à résidence. Le tribunal a admis M. B au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle. Sur le fond, il a annulé la décision portant obligation de quitter le territoire français, estimant que le préfet n'avait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de l'intéressé, notamment au regard de son état de santé, en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par voie de conséquence, les décisions subséquentes (refus de délai de départ, fixation du pays de destination, interdiction de retour et assignation à résidence) ont également été annulées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2025, M. A B, représenté par Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a ordonné son assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est irrégulière faute de saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée de défaut d'examen particulier de sa situation personnelle au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute d'examen de son droit au séjour en raison de son état de santé ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

la décision fixant le pays de destination :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux circonstances humanitaires dont il justifie ;

la décision portant assignation à résidence :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est disproportionnée dans ses modalités.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Dobry en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dobry, magistrate désignée ;

- les observations de Me Poinsignon, substituant Me Sabatakakis, avocate de M. B, absent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet du Bas-Rhin n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né le 9 février 1965, a fait l'objet de deux arrêtés du 6 avril 2025, qu'il conteste par la présente requête, par lesquels le préfet du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".

5. Alors que le requérant, entendu par les services de police le 6 avril 2025 préalablement à la décision contestée, a fait état de graves problèmes de santé, et qu'il ressort des pièces du dossier que les derniers éléments médicaux connus de l'administration dataient de près de deux ans, il ne ressort pas des termes de la décision litigieuse, qui ne mentionne pas l'état de santé de M. B et retient qu'il n'a pas fait valoir de considérations humanitaires, que le préfet ait procédé à une vérification de son droit au séjour eu égard à son état de santé. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision contestée est entachée de défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 6 avril 2025 portant obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, les décisions du même jour portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour pour une durée d'un an et assignation à résidence, doivent être annulées également.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

8. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au le préfet du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. M. B étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de l'intéressé à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sabatakakis, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sabatakakis d'une somme de 1 200 euros hors taxe.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés du 6 avril 2025 du préfet du Bas-Rhin sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 200 (mille-deux-cents) euros hors taxe à Me Sabatakakis, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que M. B soit admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sabatakakis renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Sabatakakis et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2025.

La magistrate désignée,

S. DobryLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Lamoot

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