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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2503377

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2503377

jeudi 15 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2503377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPIALAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a annulé la décision du 22 avril 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) avait refusé d'octroyer les conditions matérielles d'accueil à une ressortissante syrienne demandeuse d'asile. Le tribunal a jugé que la requérante justifiait d'un motif légitime pour n'avoir pas sollicité l'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours prévu à l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison d'un changement de circonstances (séparation d'avec son époux et vulnérabilité) depuis sa première entrée en France. Par conséquent, le refus de l'OFII, fondé sur l'article L. 551-15 du même code, a été annulé pour erreur d'appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2025, Mme A B, représentée par Me Pialat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 22 avril 2025 par laquelle la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder rétroactivement les conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros hors taxe, à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 555-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle se trouvait dans l'impossibilité de déposer une demande de titre de séjour ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 551-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2025, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Tiger-Winterhalter, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante syrienne née le 11 avril 1988, a séjourné en France au titre du regroupement familial et sous couvert d'un visa long séjour d'avril 2024 à septembre 2024. Elle est ensuite entrée en France en mars 2025 sous couvert d'un visa retour valable du 18 mars 2025 au 18 juin 2025. Par une demande du 22 avril 2025, elle a sollicité le bénéfice de l'asile. Par une décision du même jour, dont elle demande l'annulation, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé l'octroi des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. "

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme B.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 531-27 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".

5. En l'espèce, il est constant que la requérante a présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après sa première entrée sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle s'était alors vue délivrer un visa de long séjour valant titre de séjour au titre du regroupement familial et qu'elle a sollicité l'asile moins de quatre-vingt-dix jours après sa seconde entrée sur le territoire français, le 19 mars 2025, désormais séparée de son époux et dans une situation de vulnérabilité matérielle et physique. Dans ces conditions, eu égard à ce changement de circonstances de fait depuis sa première arrivée en France, elle justifie d'un motif légitime à ne pas avoir présenté sa demande d'asile dans le délai prévu par les dispositions précitées. Par suite, c'est à tort que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Strasbourg a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'avait pas sollicité l'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 22 avril 2025 par laquelle la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conditions aux fins d'injonction :

7. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision portant refus des conditions matérielles d'accueil implique nécessairement que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil consenties à Mme B soit établi rétroactivement depuis la date à laquelle elle a présenté sa demande d'asile. Il y a lieu d'ordonner à l'OFII d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme B étant admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Pialat, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Pialat d'une somme de 1 000 euros toutes taxes comprises. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros sera versée à Mme B.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 22 avril 2025 de la directrice territoriale de l'OFII portant refus des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'OFII d'accorder rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme B, à compter de l'enregistrement de sa demande d'asile le 22 avril 2025.

Article 4 : L'État versera à Me Pialat une somme de 1 000 (mille) euros toutes taxes comprises en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Mme B soit admise définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Pialat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros sera versée à Mme B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Pialat et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2025.

La présidente,

N. Tiger-Winterhalter

La greffière,

L. Rivalan

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Rivalan

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