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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2503572

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2503572

vendredi 16 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2503572
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGAUDRON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de Mme A, ressortissante guinéenne, qui contestait son transfert aux autorités espagnoles et son assignation à résidence. La magistrate désignée a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur des arrêtés, en raison d'une délégation de signature régulière. Elle a également jugé que la requérante avait bien reçu les informations prévues par les règlements (UE) n° 604/2013 et n° 603/2013, et que la procédure d'entretien individuel était conforme. En conséquence, la décision de transfert et l'assignation à résidence ont été validées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2025, Mme B A, représentée par Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les arrêtés du 25 mars 2025 par lesquels le préfet du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités espagnoles et l'a assignée à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et un formulaire de demande d'asile, sans délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de transfert aux autorités espagnoles a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que les informations prévues par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ne lui ont pas été données ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle a bénéficié d'un entretien individuel et confidentiel conforme à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- la décision d'assignation à résidence a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que l'information relative aux modalités d'exercice de ses droits, des obligations qui lui incombent et sur la possibilité de bénéficier d'une aide au retour ne lui a pas été donnée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de transfert ;

- elle revêt un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mai 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement Européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement Européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Poittevin en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Poittevin, magistrate désignée ;

- les observations de Me Gaudron, avocate de Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- et les observations de Mme A, présente à l'audience.

Le préfet du Bas-Rhin n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née en 1989, a sollicité l'asile le 4 décembre 2024. Par des arrêtés du 25 mars 2025, le préfet du Bas-Rhin a décidé son transfert vers l'Espagne et l'a assignée à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

4. Il ressort des pièces du dossier que la cheffe du pôle régional Dublin, qui a signé les décisions contestées, était habilitée à cette fin, en cas d'absence ou d'empêchement de la cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, par un arrêté du préfet du Bas-Rhin du 12 février 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le 14 février suivant. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la cheffe de ce bureau n'était pas absente ou empêchée lorsque les décisions ont été signées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions doit être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté de transfert :

5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 3. La commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune () contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, dès le dépôt de sa demande d'asile, le 15 novembre 2024, les brochures " A. J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", ainsi que le guide du demandeur d'asile, ont été remis à Mme A. Ces documents, rédigés en langue française, que la requérante parle et comprend, comportaient l'ensemble des informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 auraient été méconnues.

7. D'autre part, à la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes, l'obligation d'information prévue par les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des États membres relevant du régime européen d'asile commun. Dès lors, la méconnaissance de cette obligation d'information ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles l'État français remet un demandeur d'asile aux autorités compétentes pour examiner sa demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cette obligation doit être écarté comme inopérant.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. () ".

9. Si le compte-rendu de l'entretien individuel de Mme A ne mentionne pas le nom ni la qualité de l'agent l'ayant mené, il ne résulte ni des dispositions précitées ni d'aucun principe que la mention de l'identité de cet agent devait y figurer. Il ressort de ce compte-rendu que le cachet officiel de la préfecture du Bas-Rhin et la signature de l'agent y ont été apposés. En outre, l'administration fait valoir, en défense, que le résumé de l'entretien a été généré depuis l'application SI AEF, dont l'accès est réservé à des agents de la préfecture spécialement et personnellement habilités. Mme A, qui se borne à indiquer que l'agent en question n'est pas identifiable, n'apporte aucun élément susceptible de remettre sérieusement en cause de telles indications et de faire douter du respect des exigences posées par les dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque État membre, par l'article 17 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

11. Si l'intéressée soutient que son état de santé fait obstacle à son transfert vers l'Espagne, elle n'apporte aucune précision sur la nature de ses pathologies et de son suivi médical et n'établit ainsi pas que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de l'article 17 précité.

Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la décision de transfert.

13. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient Mme A, la décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour () ".

15. Ces dispositions impliquent que l'auteur de la décision d'assignation à résidence porte à la connaissance de l'étranger assigné à résidence une information supplémentaire explicitant les droits et obligations de ce dernier pour la préparation de son départ. Elles imposent que l'information qu'elles prévoient soit communiquée, une fois la décision notifiée, au plus tard lors de la première présentation de la personne assignée à résidence aux services de police ou de gendarmerie. Il en résulte que l'absence de l'information ainsi prévue est sans incidence sur la légalité de la décision d'assignation à résidence contestée, laquelle s'apprécie à la date de son édiction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué à l'article L. 561-2-1 du même code invoqué par la requérante, doit être écarté comme inopérant.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () "

17. Mme A, qui ne peut utilement soutenir que le préfet du Bas-Rhin aurait dû lui octroyer un délai de départ volontaire plutôt que l'assigner à résidence, n'apporte aucun élément de nature à démontrer que l'assignation à résidence contestée, sa durée ou ses modalités, qui consistent à ce qu'elle se présente les mercredis hors jours fériés entre 9 heures et 10 heures auprès des services de la police aux frontières de l'aéroport d'Entzheim, revêtiraient un caractère disproportionné. Par suite, le moyen doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A à fin d'annulation des arrêtés du 25 mars 2025 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Gaudron et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2025.

La magistrate désignée,

L. PoittevinLa greffière,

C. Lamoot

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Lamoot

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