Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 12 mai 2025, 12 septembre 2025 et 31 octobre 2025, la SCI Est, représentée par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 14 mars 2025 par lequel le maire de Haguenau a refusé de lui délivrer un permis de construire portant sur la construction de 5 bâtiments, pour un total de 164 logements, sur un terrain situé rue des Carrières à Haguenau ;
2°) d’enjoindre au maire de Haguenau de lui délivrer le permis de construire sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Haguenau le versement d’une somme de
3 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’incompétence ;
- le motif de refus fondé sur la méconnaissance des dispositions de l’article 2 IAU du règlement du plan local d’urbanisme de la commune de Haguenau, en ne mentionnant nullement les terrains sont seraient enclavés, est insuffisamment motivé ;
- le projet en litige ne méconnaît pas les dispositions de l’article 2 IAU du règlement du plan local d’urbanisme de la commune de Haguenau dès lors que les parcelles cadastrées section HS nos 222, 223, 196, 197, 103, 45, 40, 132, 131 et 4 (en partie) ne peuvent être considérées comme enclavées ;
- c’est à tort que le maire lui a opposé une incompatibilité avec l’orientation d'aménagement et de programmation du secteur des Pins en raison de l’absence de liaison entre la rue des rédemptoristes et la rue des carrières ;
- c’est à tort qu’il lui a opposé les dispositions de l’article 3 IAU 1.4.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Haguenau dès lors que ces dispositions ne s’appliquent pas à la voirie interne ;
- c’est à tort qu’il lui a opposé l’avis du service des ordures ménagères de la communauté d’agglomération de Haguenau dès lors que la commune ne précise pas quel texte opposable aux autorisations d’urbanisme aurait été méconnu ;
- c’est à tort qu’il s’est fondé sur une violation de l’article 3 IAU du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Haguenau dans la mesure où la configuration des lieux permet aisément aux véhicules de sécurité incendie d’accéder aux bâtiments et que les dispositions précitées concernent les accès du terrain à la voie publique et non les voies internes ;
- c’est à tort qu’il s’est fondé sur les dispositions de l’article 13 IAU du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Haguenau dès lors que la notice paysagère permet de constater que tous les emplacements de stationnement sont ombragés et pourvus d’un arbre pour 4 emplacements de stationnement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 août 2025 et 2 octobre 2025, la commune de Haguenau, représentée par Me Dangel, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 3 000 euros hors taxes soit mise à la charge de la SCI Est en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 14 novembre 2025, la clôture de l’instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Matthieu Latieule, conseiller,
- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Marty, avocate de la SCI Est,
- les observations de Me Dangel, avocat de la commune de Haguenau.
Considérant ce qui suit :
Par une demande déposée le 19 décembre 2024, la SCI Est a sollicité la délivrance d’un permis de construire portant sur la construction de 5 bâtiments, pour un total de 164 logements, sur un terrain situé rue des Carrières, à Haguenau. Par un arrêté du 14 mars 2025, le maire de Haguenau a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. Par la présente requête, la SCI Est demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 14 mars 2025.
Sur les conclusions aux fins d’annulation de l’arrêté du 14 mars 2025 :
Une décision rejetant une demande d’autorisation d’urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l’excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d’illégalité. En outre, en application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu’il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l’ensemble des moyens de la demande qu’il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu’ils portent d’ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu’il juge que l’un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.
Aux termes de l’article 13 I AU du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Haguenau : « (…) 4. Les aires de stationnement en surface doivent être ombragées par des dispositifs végétalisés ou des arbres de haute tige à raison d’un arbre au minimum pour quatre places de parking. ».
Il ressort du plan de masse que le parking situé à l’Ouest comporte 8 arbres positionnés en bordures de 20 places de stationnement, que le parking de 23 places situé entre le bâtiment D et le bâtiment E est entouré d’au moins 9 arbres. Dans les deux cas, le ratio de 1 arbre à haute tige pour 4 places de parking est respecté et l’implantation projetée des arbres permet d’ombrager ces aires de stationnement. Le parking de 12 places situé entre le bâtiment C et le bâtiment B est ombragé par un dispositif de pergola végétalisé. En revanche, si le pétitionnaire prévoit l’implantation de deux arbres à l’Est de l’aire de stationnement de 4 places située devant le bâtiment B, cette implantation, eu égard à la configuration des lieux, ne permet pas à l’aire de stationnement en cause d’être ombragée, notamment dans sa partie Ouest. Par suite, le motif de refus tiré de la méconnaissance de l’article 13 I AU du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Haguenau est fondé.
Il résulte de ce qui précède que la SCI Est n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 14 mars 2025. Ses conclusions aux fins d’annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction, doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais du litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Haguenau, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SCI Est au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SCI Est une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Haguenau et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 :
La requête de la SCI Est est rejetée.
Article 2 :
La SCI Est versera la somme de 1 000 (mille) euros à la commune de Haguenau en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à la SCI Est et à la commune de Haguenau.
Délibéré après l’audience du 8 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente,
Mme Perabo Bonnet, première conseillère,
M. Latieule, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2026.
Le rapporteur,
M. LATIEULE
La présidente,
DULMET
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,