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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2503837

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2503837

mardi 10 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2503837
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a examiné la requête de Mme D I, ressortissante somalienne, contestant la décision de la directrice territoriale de l'OFII de mettre fin à son hébergement pour demandeur d'asile. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que la décision était signée par une autorité compétente, régulièrement motivée, et ne méconnaissait ni l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. En conséquence, la demande d'annulation de la décision du 30 avril 2025 a été rejetée, de même que les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2025, Mme G D I, représentée par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 30 avril 2025 de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Strasbourg portant notification de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil et de la maintenir au sein de son lieu d'hébergement ;

4°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de réexaminer sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros HT au bénéfice de son conseil, qui renoncerait à l'indemnité allouée au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnait l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2025, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme D I n'est fondé.

La présidente du tribunal a désigné M. H en application de l'article

L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. H a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D I, ressortissante somalienne, née le 15 octobre 1998, est entrée en France afin de solliciter l'asile. Le 9 août 2024, Mme D I a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Le 30 avril 2025, la directrice territoriale de Strasbourg de l'OFII a mis fin à son hébergement à effet immédiat. La requérante demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme D I, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de la décision attaquée :

4. En premier lieu, par une décision du 3 février 2025, régulièrement publiée sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme J E, directrice territoriale à Strasbourg, et, en cas d'absence ou d'empêchement, à ses deux adjoints, dont M. B C, à l'effet de signer tous actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à cette direction. Par conséquent, le moyen tiré de ce que le signataire de la décision attaquée ne justifierait pas d'une délégation de signature, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. En l'espèce, Mme D I, qui est accompagnée de ses deux enfants, F et A, respectivement âgés de 10 ans et 18 mois, soutient que la directrice territoriale de l'OFII a méconnu les dispositions susvisées, car elle se trouve dans une situation de vulnérabilité. Toutefois, Mme D I ne démontre pas qu'elle se trouve dans une situation de vulnérabilité particulière, alors qu'elle n'établit pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier des dispositifs d'accueil d'urgence existants, le cas échéant. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII a entachée sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de ce que la décision méconnait les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Pour les mêmes motifs qu'évoqués au point précédent, il ne ressort pas de l'arrêté contesté que la situation de la requérante n'aurait pas fait l'objet d'un examen sérieux et particulier. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D I tendant à l'annulation de la décision en litige doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Mme D I est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G D I, à Me Pafundi et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2025.

Le magistrat désigné,

R. H

La greffière,

L. Rivalan

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Rivalan

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