lundi 23 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2504104 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GOLDBERG |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 et 27 mai 2025 sous le n° 2504104, M. A C, représenté par Me Goldberg, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 14 mai 2025 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, ou, à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 de cette convention ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que son droit à être entendu a été méconnu ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2025, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 et 27 mai 2025 sous le n° 2504106, Mme B D, représentée par Me Goldberg, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 14 mai 2025 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, ou, à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Elle soulève, à l'encontre des décisions qui la concernent, les mêmes moyens que ceux présentés par M. C dans la requête n° 2504104.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2025, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Poittevin en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Poittevin, magistrate désignée ;
- les observations de Me Goldberg, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. C et de Mme D, assistés de M. E, interprète en langue géorgienne.
Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C et Mme D, ressortissants géorgiens nés respectivement en 1983 et en 1991, sont entrés en France le 21 septembre 2023 selon leurs déclarations, accompagnés de leurs deux enfants mineurs, nés en 2016 et 2018. Par des arrêtés du 14 mai 2025, le préfet du Haut-Rhin les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés à l'issue de ce délai, a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et les a assignés à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. C et Mme D demandent au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées nos 2504104 et 2504106 sont relatives à la situation d'un couple d'étrangers et présentent à juger des mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ".
4. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité des obligations de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, les décisions attaquées visent le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le préfet du Haut-Rhin a fait application pour obliger les requérants à quitter le territoire français, et indiquent, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles il s'est fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, les énonciations des décisions attaquées permettent de vérifier que le préfet du Haut-Rhin, qui n'était pas tenu d'y faire état de manière exhaustive de l'ensemble des éléments de fait se rapportant aux situations personnelles des intéressés, a procédé à un examen particulier de ces situations.
7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne susvisée : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
8. M. C et Mme D soutiennent avoir noué des liens professionnels et amicaux solides sur le territoire, et être " investi[s] dans une structure solidaire ", sans toutefois préciser davantage leurs allégations, ni produire de pièces justifiant de la réalité des liens tissés. Dans ces conditions, ils n'établissent pas que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à leur droit à une vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 précité doit être écarté.
9. En dernier lieu, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les obligations de quitter le territoire français litigieuses, qui n'ont ni pour objet ni pour effet de fixer leur pays de destination, ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne susvisée. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que ces décisions sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur les situations personnelles de M. C et Mme D en raison des représailles craintes en cas de retour dans leur pays d'origine doivent être écartés comme inopérants.
En ce qui concerne la légalité des interdictions de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les interdictions de retour sur le territoire français sont illégales du fait de l'illégalité des obligations de quitter le territoire français dont ils font l'objet.
11. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, n'implique pas que l'administration ait l'obligation de mettre le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français prise concomitamment à une mesure d'éloignement.
12. Les requérants, qui ont présenté une demande d'asile le 7 novembre 2023, rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 21 février 2025, ne pouvaient ignorer qu'en cas de rejet de leur demande, ils pourraient faire l'objet d'une mesure d'éloignement assortie, le cas échéant, d'une interdiction de retour sur le territoire français. Il leur appartenait, lors du dépôt de leur demande d'asile, où ils se sont d'ailleurs vus remettre le guide du demandeur d'asile en langue géorgienne, ou au cours de l'instruction de leur demande, d'apporter à l'administration tous éléments d'information ou arguments de nature à faire, le cas échéant, obstacle à une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, M. C et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que les décisions d'interdiction de retour prises à leur encontre ont été prises en méconnaissance de leur droit à être entendus.
13. En troisième lieu, les décisions contestées comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. M. C et Mme D ne sont dès lors pas fondés à soutenir qu'elles sont entachées d'un défaut de motivation.
14. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que les interdictions de retour seraient entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur les situations personnelles des requérants ne sont assortis d'aucune précision, ce qui ne permet pas au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la légalité des assignations à résidence :
15. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 5 à 9 que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les assignations à résidence sont illégales du fait de l'illégalité des obligations de quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution des obligations de quitter le territoire français :
16. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. "
17. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.
18. En l'état des dossiers, les requérants n'apportent pas d'éléments sérieux de nature à justifier leur maintien sur le territoire français durant l'examen des recours qu'ils ont présenté devant la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, les conclusions tendant à la suspension des mesures d'éloignement prises à leur encontre jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur leurs recours doivent être rejetées.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de suspension présentées par M. C et Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C et Mme D sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B D, à Me Goldberg et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2025.
La magistrate désignée,
L. PoittevinLa greffière,
C. Lamoot
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Lamoot
Nos 2504104, 2504106
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026