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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2504197

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2504197

mercredi 12 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2504197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e chambre
Avocat requérantMAILLARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de Mme F..., ressortissante géorgienne, contestant l'arrêté du préfet du Bas-Rhin du 22 avril 2025 refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination. Le tribunal a jugé l'arrêté suffisamment motivé et a écarté les moyens d'incompétence et de méconnaissance du contradictoire. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes d'annulation et d'injonction, en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la convention européenne des droits de l'homme et de la convention internationale des droits de l'enfant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 mai et 17 septembre 2025, Mme D... F... veuve G..., représentée par Me Maillard demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 22 avril 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et entretemps de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le principe du contradictoire a été méconnu ;
- l’auteur de la décision n’avait pas compétence pour la signer ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen personnalisé de sa situation et des risques encourus ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l’intérêt supérieur de l’enfant.

Sur l’obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur le pays de destination :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation du refus de titre de séjour et de l’obligation de quitter le territoire français ;


Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Bronnenkant,
- et les observations de Me Maillard, représentant Mme F..., présente à l’audience.




Considérant ce qui suit :

Mme D... F... veuve G..., ressortissante géorgienne née le 13 décembre 1967, est entrée en France le 25 mars 2013 selon ses déclarations. Sa demande tendant à la reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par le directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile respectivement les 27 mars 2015 et 14 avril 2016. Elle a obtenu une autorisation provisoire de séjour en raison de son état de santé jusqu’au 3 décembre 2018. Sa demande d’attribution d’un titre de séjour sur le fondement des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile fait l’objet d’un refus assorti d’une obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par le tribunal et la cour administrative d’appel de Nancy. Elle a de nouveau sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 22 avril 2025 dont elle demande l’annulation, le préfet du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le moyen commun à l’ensemble des décisions attaquées :

L’arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il est par suite suffisamment motivé.

Sur les moyens propres au refus de titre de séjour :

En premier lieu, le refus de titre de séjour contesté a été signé par Mme A... E..., cheffe du bureau de l’admission au séjour, qui a reçu délégation à cet effet, en cas d’absence ou d’empêchement de M. C..., directeur par intérim des migrations et de l’intégration, et de Mme B..., cheffe du bureau de l’asile et de la lutte contre l’immigration irrégulière, par un arrêté du préfet en date du 27 mars 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le lendemain, accessible tant au juge qu’aux parties. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C... et Mme B... n’auraient pas été absents ou empêchés à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

En deuxième lieu, il ne ressort d’aucune disposition ni d’aucun principe que le préfet aurait dû spontanément communiquer à la requérante l’avis du collège des médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration avant de rejeter la demande de titre de séjour de l’intéressée. A cet égard, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration dès lors que la décision en litige a été prise à la suite d’une demande de l’intéressée, ni des dispositions de l’article L. 5 du code de justice administrative relative exclusivement à la procédure juridictionnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Bas-Rhin a procédé, contrairement à ce qui est soutenu, à un examen individuel de la situation personnelle de la requérante, notamment eu égard à la possibilité pour cette dernière de se faire soigner et des risques courus dans son pays d’origine.

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

Les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne garantissent pas à un ressortissant étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. La requérante soutient qu’elle vit en France depuis 2013, qu’elle entretient des liens étroits avec ses enfants et ses petits-enfants et qu’elle est sans nouvelle de son mari. Toutefois la durée de son séjour sur le territoire français est en grande partie liée au délai d’examen de sa demande d’asile rejetée et à son refus d’exécuter une précédente mesure d’éloignement. En outre, elle n’établit pas l’intensité de son intégration sur le territoire français, alors que ses enfants sont majeurs, que la nécessité de sa présence auprès de ses petits-enfants n’est pas démontrée et qu’elle a vécu jusqu’à l’âge de 46 ans en Géorgie où elle n’établit pas être isolée. Il suit de là que les liens personnels et familiaux en France de la requérante, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, de ses conditions d’existence et de son insertion dans la société française, ne peuvent être regardés comme suffisamment intenses pour qu’elle soit fondée à soutenir que le préfet du Bas-Rhin aurait méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales précitées. Dans les circonstances susrappelées, la requérante n’est pas davantage fondée à soutenir que la décision en litige a été prise en méconnaissance de l’intérêt supérieur des enfants garanti par l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.

Sur l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n’est pas fondée à demander l’annulation du refus de titre de séjour pris à son encontre. Dès lors, elle n’est pas davantage fondée à solliciter l’annulation, par voie de conséquence, de l’obligation de quitter le territoire français en litige.

En second lieu, eu égard notamment à ce qui a été dit au point 7, le préfet, en édictant la mesure d’éloignement en litige, n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

En premier lieu, il résulte des points précédents que la requérante n’est pas fondée à demander l’annulation du refus de titre de séjour et de l’obligation de quitter le territoire français pris à son encontre. Dès lors, elle n’est pas davantage fondée à solliciter l’annulation, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme F... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d’injonction et d’astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F... veuve G..., à Me Maillard et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,
Mme Bronnenkant, première conseillère,
Mme Muller, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.



La rapporteure,

Le président,





H. BRONNENKANT
C. CARRIER







Le greffier,




P. SOUHAIT


La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,



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