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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2504899

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2504899

jeudi 10 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2504899
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCLAUSMANN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Strasbourg rejette la requête de Mme C, ressortissante congolaise, qui contestait l'arrêté du préfet du Bas-Rhin ordonnant son transfert aux autorités chypriotes, responsables de l'examen de sa demande d'asile en application du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal estime que la requérante n'apporte pas d'éléments suffisants pour démontrer l'existence de défaillances systémiques à Chypre ou un risque personnel de traitement inhumain ou dégradant contraire à l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il écarte ainsi les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 3 de la CEDH. En conséquence, la décision de transfert est validée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2025, Mme A C, représentée par Me Riehm-Cognée, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités chypriotes ;

3°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa demande, de lui délivrer une attestation sur le fondement des articles L. 741-2 et L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui permettre de saisir l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) d'une demande d'asile, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Deffontaines en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Deffontaines, magistrate désignée ;

- les observations de Me Riehm-Cognée, avocate de Mme C, qui conclue aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- et les observations de Mme C, assistée de M. B, interprète en langue lingala.

Le préfet du Bas-Rhin n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, née le 9 novembre 1996, de nationalité congolaise, déclare être entrée en France le 2 mars 2025. Elle a sollicité en France la reconnaissance de la qualité de réfugié le 6 mars 2025. La consultation du fichier Eurodac a permis d'établir que l'intéressée avait préalablement sollicité l'asile auprès des autorités chypriotes. Les autorités chypriotes ont été saisies le 25 mars 2025 d'une demande de reprise en charge à laquelle elles ont donné leur accord le 4 avril 2025. La requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 26 mai 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités chypriotes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions en vue de l'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux (). La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable () ".

5. Aux termes de l'article 17 du règlement du Parlement européen et du Conseil du

26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".

6. Il résulte des dispositions des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du

26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, âgée de vingt-huit ans, déclare être célibataire, ayant un enfant mineur dans son pays d'origine, être venue seule en France, sans membre de sa famille présent. La requérante soutient que le préfet du Bas-Rhin a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne déclarant pas la France responsable de sa demande d'asile, dès lors qu'elle n'a pas pu soumettre sa demande à Chypre conformément aux lois et règlements en vigueur, en l'absence d'avocat et d'interprète, qu'elle ne savait pas qu'elle y déposait une demande d'asile et que ses empreintes ont été prises de force. Ces seuls éléments, non circonstanciés et non établis, ne sauraient toutefois suffire à démontrer qu'en refusant de mettre en œuvre la clause discrétionnaire figurant au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 afin de permettre à la requérante de bénéficier en France de l'examen de sa demande d'asile, le préfet du Bas-Rhin a méconnu les dispositions susmentionnées. En tout état de cause, l'intéressée s'est vue remettre le 6 mars 2025 deux documents, une " brochure A " et une " brochure B ", constituant la brochure commune prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, rédigées en lingala et a bénéficié le même jour d'un entretien avec un personnel qualifié de la préfecture du Bas-Rhin en présence d'un interprète en langue lingala. Dans ces conditions, en l'absence de tout autre élément justifiant que la France se reconnaisse responsable de l'examen de la demande d'asile de Mme C, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

9. Si Mme C soutient qu'en cas d'exécution de l'arrêté attaqué, elle risque d'être exposée à des traitements inhumains ou dégradants, à Chypre, à savoir des traitements racistes et inhumains, et que sa demande d'asile ne sera pas correctement examinée, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 et notamment en l'absence d'avocat et d'interprète, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir les risques personnels qu'elle allègue. De même, la requérante n'établit pas qu'il existerait des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques à Chypre dans la procédure d'asile ou que sa demande d'asile ne serait pas traitée dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Si elle soutient également qu'elle risque d'être éloignée, par ricochet, vers son pays d'origine, le Congo, où elle encourt des traitements inhumains et dégradants contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ces circonstances ne suffisent pas à caractériser la méconnaissance par Chypre de ses obligations quant au traitement de sa demande de protection. Au demeurant, il n'est pas allégué, ni même établi, que les autorités chypriotes auraient pris à son encontre une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine. En l'absence d'éléments suffisamment étayés, ces allégations ne suffisent pas à la placer dans une situation d'exceptionnelle vulnérabilité justifiant que sa demande d'asile soit instruite en France. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 mai 2025 pris à son encontre par le préfet du Bas-Rhin doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Riehm-Cognée et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2025.

La magistrate désignée,

L. DeffontainesLa greffière,

C. Lamoot

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Lamoot

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