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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2504949

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2504949

vendredi 25 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2504949
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHWEITZER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. Stepanyan, qui contestait son transfert aux autorités suisses et son assignation à résidence. Le tribunal a jugé que l'arrêté de transfert était suffisamment motivé et que la décision d'assignation à résidence était légale. Il a également écarté les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de la méconnaissance des règlements européens (UE) n° 604/2013 et n° 603/2013. La solution retenue confirme la légalité des décisions préfectorales fondées sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juin 2025, M. A se disant Roman Stepanyan, représenté par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités suisses ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ainsi qu'un formulaire de demande d'asile, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les arrêtés sont entachés d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

S'agissant de la décision portant transfert aux autorités suisses :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- elle méconnait l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision ordonnant son transfert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Deffontaines en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Deffontaines, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant Stepanyan, né le 1er janvier 1968, déclare être de nationalité arménienne et être entré en France le 22 janvier 2025. Il a sollicité en France la reconnaissance de la qualité de réfugié le 5 février 2025. La consultation du fichier Eurodac a permis d'établir que l'intéressé avait préalablement sollicité l'asile auprès des autorités belges et suisses. Les autorités belges et suisses ont été saisies le 4 mars 2025 d'une demande de reprise en charge à laquelle les autorités suisses ont donné leur accord le 6 mars 2025, contrairement aux autorités belges. Le requérant demande au tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté du 25 avril 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile et, d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Bas-Rhin l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions en vue de l'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A se disant Stepanyan au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

4. Les arrêtés attaqués ont été signés par Mme B D, cheffe du pôle régional Dublin, qui a reçu délégation à l'effet de signer " les arrêtés de transfert pris en application de la procédure Dublin ", en cas d'absence ou d'empêchement de M. E, directeur des migrations et de l'intégration, et de Mme C, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, par un arrêté du préfet en date du 27 mars 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 1er avril 2025, accessible tant au juge qu'aux parties. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E et Mme C n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de la décision. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant transfert aux autorités suisses :

5. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride dispose que : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A se disant Stepanyan s'est vu remettre, le 5 février 2025, contre signature, deux documents, une " brochure A " et une " brochure B ", constituant la brochure commune prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, rédigées en arménien, langue qu'il comprend. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 doit donc être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. 2. L'entretien individuel peut ne pas avoir lieu lorsque : a) le demandeur a pris la fuite ; ou b) après avoir reçu les informations visées à l'article 4, le demandeur a déjà fourni par d'autres moyens les informations pertinentes pour déterminer l'État membre responsable. L'État membre qui se dispense de mener cet entretien donne au demandeur la possibilité de fournir toutes les autres informations pertinentes pour déterminer correctement l'État membre responsable avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

9. Le requérant fait valoir qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel et confidentiel conforme aux exigences des dispositions précitées, dès lors que la qualification de l'agent l'ayant mené n'est pas démontrée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'entretien du 5 février 2025 a été mené par un agent qualifié de la préfecture du Haut-Rhin en français, langue que le requérant déclare comprendre. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la qualification de cet agent. En outre, il n'apporte aucun élément de nature à faire douter du caractère complet et conforme aux dispositions susmentionnées de cet entretien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 précitées doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux (). La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ".

11. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".

12. Il résulte des dispositions des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A se disant Stepanyan, âgé de cinquante-sept ans, déclare être divorcé et sans charge de famille et être venu seul en France. M. A se disant Stepanyan soutient que le préfet du Bas-Rhin n'a pas réellement examiné la possibilité de déclarer la France responsable de sa demande d'asile en affirmant que sa situation ne relève pas des dérogations prévues et produit des articles indiquant que les droits des demandeurs d'asile seraient violés en Suisse. Ces seuls éléments, non circonstanciés, ne sauraient toutefois suffire à démontrer qu'en refusant de mettre en œuvre la clause discrétionnaire figurant au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 afin de permettre au requérant de bénéficier en France de l'examen de sa demande d'asile, le préfet du Bas-Rhin a méconnu les dispositions susmentionnées. Dans ces conditions, en l'absence de tout autre élément justifiant que la France se reconnaisse responsable de l'examen de la demande d'asile M. A se disant Stepanyan, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions susmentionnées et de l'erreur manifeste d'appréciation à cet égard ne peut qu'être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

15. Si M. A se disant Stepanyan soutient qu'en cas de transfert vers la Suisse, il risque de subir des traitements inhumains et dégradants, le caractère personnel de ce risque n'est pas établi pas par les seuls documents produits d'ordre général. S'il soutient également qu'il risque d'être éloigné, par ricochet, vers son pays d'origine, l'Arménie, où il encourt des traitements inhumains et dégradants contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ces circonstances ne suffisent pas à caractériser la méconnaissance par la Suisse de ses obligations quant au traitement de sa demande de protection. M. A se disant Stepanyan n'établit pas qu'il ne pourrait faire valoir en Suisse tout nouvel élément concernant sa situation personnelle, alors même que sa demande d'asile aurait été rejetée. La seule circonstance qu'il est demandeur d'asile ne suffit pas, en l'absence d'éléments suffisamment étayés, à le placer dans une situation d'exceptionnelle vulnérabilité justifiant que sa demande d'asile soit instruite en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant assignation à résidence :

16. Il résulte des points précédents que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant transfert aux autorités suisses pris à son encontre. Dès lors, il n'est pas davantage fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision portant assignation à résidence.

17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. A se disant Stepanyan est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Roman Stepanyan, à Me Schweitzer et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2025.

La magistrate désignée,

L. Deffontaines

La greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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