Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. B..., ressortissant albanais, qui contestait le refus de renouvellement de son attestation de demande d’asile, l’obligation de quitter le territoire français, la fixation du pays de destination et l’interdiction de retour d’un an. Le tribunal a jugé que la décision de l’OFPRA rejetant sa demande d’asile en procédure accélérée, l’Albanie étant un pays d’origine sûr, avait mis fin à son droit au maintien sur le territoire français. En conséquence, le préfet de la Moselle était fondé à prendre ces mesures d’éloignement sur le fondement des articles L. 542-1, L. 542-2 et L. 531-24 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 juin 2025, M. A... B..., représenté par Me Hamza-Sanchez, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 14 mai 2025 par lequel le préfet de la Moselle n’a pas renouvelé son attestation de demande d’asile, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Moselle de procéder au renouvellement de son attestation de demande d’asile jusqu’à ce que la Cour nationale du droit d’asile se prononce sur son recours ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur le non-renouvellement de l’attestation de demande d’asile :
- la décision est illégale dès lors qu’il a formulé un recours devant la Cour nationale du droit d’asile.
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale dès lors qu’il a formulé un recours devant la Cour nationale du droit d’asile.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français.
Sur l’interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2025, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 20 octobre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Carrier a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant albanais né en 1986, est entré en France le 1er septembre 2024. Par une demande du 26 septembre 2024, il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Par une décision du 3 janvier 2025, le directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande. Par un arrêté du 14 mai 2025, dont il demande l’annulation, le préfet de la Moselle n’a pas renouvelé son attestation de demande d’asile, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
M. B... ayant été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision de la section administrative du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg en date du 20 octobre 2025, ses conclusions tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne le non-renouvellement de l’attestation de demande d’asile :
Aux termes de l’article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. (…) ». Aux termes de l’article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ». Aux termes de l’article L. 542-2 de ce code : « Par dérogation à l’article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l’Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : (…) d) une décision de rejet dans les cas prévus à l’article L. 531-24 et au 5° de l’article L. 531-27 (…). ». Aux termes de l’article L. 531-24 du même code : « L’Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d’un pays considéré comme un pays d’origine sûr au sens de l’article L. 531-25 (…). ».
En l’espèce, la demande d’asile formulée par M. B... a été rejetée par le directeur général de l’OFPRA le 3 janvier 2025. Or, l’intéressé, ressortissant albanais, provient d’un pays d’origine sûr. Par suite, c’est à bon droit que le préfet de la Moselle n’a pas procédé au renouvellement de son attestation de demande d’asile, dès lors que son droit au maintien sur le territoire français a pris fin, en application des dispositions précitées, et ce, alors même que le requérant a formé un recours devant la Cour nationale du droit d’asile.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
Il résulte des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile citées au point 4 que lorsque la demande d’asile présentée par un ressortissant provenant d’un pays d’origine sûr est rejetée par le directeur général de l’OFPRA, le droit au séjour de l’intéressé prend fin. Ainsi, et alors même que M. B... a formé un recours devant la Cour nationale du droit d’asile, le préfet de la Moselle a pu légalement édicter à son encontre une mesure d’éloignement.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
Il résulte des points précédents que le requérant n’est pas fondé à demander l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Dès lors, il n’est pas davantage fondé à solliciter l’annulation, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination en litige.
En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :
Il résulte des points précédents que le requérant n’est pas fondé à demander l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Dès lors, il n’est pas davantage fondé à solliciter l’annulation, par voie de conséquence, de l’interdiction de retour sur le territoire français en litige.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête de M. B... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d’injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur la demande d’admission, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle présentée par M. B....
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Hamza-Sanchez et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
Mme Bronnenkant, première conseillère,
Mme Muller, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2025.
Le président-rapporteur,
C. CARRIER
L’assesseure la plus ancienne,
H. BRONNENKANT
Le greffier,
P. SOUHAIT
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,