mercredi 30 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2505426 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LECHEVALLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 juillet 2025, M. B A, représenté par
Me Lechevallier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdictipon de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour de dix ans l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- il peut prétendre de plein droit à un titre de séjour en application du c) du 1 de l'article 10 de l'accord franco-tunisien ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité qui affecte l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- sa durée est disproportionnée ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité qui affecte l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- sa durée est disproportionnée ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité qui affecte l'obligation de quitter le territoire français.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bouzar en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bouzar, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Un mémoire, enregistré le 9 juillet 2025, postérieurement à la clôture de l'instruction, a été produit par le préfet du Bas-Rhin.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né en 1994, est entré en France en 2018 muni d'un visa de court séjour délivré en qualité de " famille G ". Il a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " valide du 4 juin 2021 au 3 juin 2023. Par un arrêté du
5 juin 2025, le préfet du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 27 mars 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 28 mars 2025, le préfet du Bas-Rhin a donné délégation à Mme C F, cheffe du pôle régional Dublin, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de
M. E et de Mme D, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elles sont entachées d'incompétence doit être écarté.
Sur les autres moyens invoqués à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est () édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ". D'autre part, aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : / () / c) Au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins ".
4. En premier lieu, si M. A soutient pouvoir bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations précitées, il ne peut cependant justifier, à la date de la décision attaquée, de la régularité de son séjour sur le territoire français, la carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " dont il était titulaire depuis le 4 juin 2021 ayant expiré le 3 juin 2023 et son récépissé de demande de renouvellement de ce titre ayant expiré le 9 mars 2025. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français contestée est entachée d'une erreur de droit.
5. En deuxième lieu, les stipulations précitées de l'accord franco-tunisien ne privent pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale en vigueur relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public. Si M. A soutient que la législation nationale ne saurait primer les traités internationaux régulièrement ratifiés ou approuvés et qu'aucun motif d'ordre public ne saurait pas conséquent lui être opposé, il résulte en tout état de cause de ce qui précède que M. A ne remplit pas les conditions prévues par les stipulations du c) du 1 de l'article 10 de l'accord franco-tunisien pour obtenir de plein droit un titre de séjour de dix ans. En tout état de cause également, il est constant que le préfet du Bas-Rhin n'a pas adopté de décision de refus de titre de séjour en opposant à M. A un motif d'ordre public. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est le père d'un enfant français, né en 2017, sur lequel il exerce de manière conjointe l'autorité parentale et dispose d'un droit amiable de visite et d'hébergement, en vertu d'un jugement du 4 octobre 2021 du tribunal judiciaire de Strasbourg. Il n'apporte cependant aucun élément pour justifier le maintien de ses relations avec son enfant. Par ailleurs, il ne fait état d'aucune autre relation familiale en France, à l'exception d'un cousin, qui s'occuperait de lui, compte tenu du syndrome dépressif dont il souffre depuis son divorce. Enfin, il ne ressort des pièces du dossier aucun élément démontrant l'intégration de l'intéressé dans la société française. Par conséquent, en l'état du dossier, alors même que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public, il n'est pas fondé à soutenir qu'en adoptant à son encontre une mesure d'éloignement, le préfet du Bas-Rhin a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi et méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision a méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi ". Aux termes de son article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article
L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
9. Si M. A soutient qu'il souffre de dépression et produit à cet effet deux certificats médicaux, il n'en résulte pas cependant qu'en décidant son éloignement, le préfet a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni, en tout état de cause, celles de l'article 2 de cette convention.
Sur les autres moyens invoqués à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
11. En deuxième lieu, si M. A invoque la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et soutient que " la durée " de la décision attaquée est disproportionnée, ces dispositions et allégations sont relatives aux interdictions de retour sur le territoire français. Par conséquent, le moyen doit être écarté comme inopérant.
12. En dernier lieu, s'il soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, le moyen doit en tout état de cause être écarté pour les motifs déjà précédemment exposés.
Sur les autres moyens invoqués à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
15. M. A, qui se borne à faire état de " circonstances humanitaires de nature médicale engageant [sa] vie ", n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée, y compris quant à sa durée, est entachée d'une erreur d'appréciation.
16. En dernier lieu, s'il soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, le moyen doit être écarté pour les motifs déjà précédemment exposés.
Sur l'autre moyen invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :
17. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lechevallier et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juillet 2025.
Le magistrat désigné,
M. Bouzar La greffière,
C. Lamoot
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Lamoot
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026