Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2025, M. B... C..., représenté par Me Thomann, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 6 mars 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin l’a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer entretemps une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
-
la décision attaquée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
-
la décision attaquée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
Sur l’interdiction de circulation :
- la décision attaquée est entéchée d’erreur d’appréciation ;
-
la décision attaquée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, le 12 décembre 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun moyen n’est fondé.
M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 6 juin 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Carrier,
et les observations de Me Thomann, représentant M. C....
Considérant ce qui suit :
M. B... C..., ressortissant allemand né en 1970, est entré en France en 2015, selon ses dires. Par un arrêté du 6 mars 2025, dont il demande l’annulation, le préfet du
Bas-Rhin l’a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, par un arrêté du 28 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin du même jour, le préfet du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d’absence ou d’empêchement de M. A... F..., directeur des migrations et de l’intégration, à Mme E... D..., cheffe du bureau de l’asile et de la lutte contre l’immigration irrégulière, à l’effet de signer la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F... n’aurait pas été absent ou empêché à la date de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire la décision en litige doit être écarté.
En deuxième lieu, la décision attaquée qui fait apparaitre les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation ne peut être accueilli.
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
Les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantissent pas à un ressortissant étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En l’espèce, si M. C... soutient être présent sur le territoire français depuis dix ans, il ne produit aucun élément probant au soutien de ses allégations. Il ne justifie pas qu’il aurait résidé régulièrement sur le territoire français, ni qu’il aurait entamé des démarches en vue de régulariser sa situation. Il n’est pas contesté que le requérant est divorcé. Par ailleurs, le requérant n’établit pas qu’il entretiendrait des liens étroits avec ses enfants mineurs qui vivent chez leur mère. En outre, M. C... a été condamné, par un jugement du 6 février 2025 du tribunal correctionnel de Saverne, à une peine de neuf mois d’emprisonnement assorti d’un sursis probatoire pour une durée de deux ans pour menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, conduite d’un véhicule sans permis, récidive de conduite d’un véhicule en état d’ivresse manifeste, récidive de violence, usage ou menace d’une arme sans incapacité et vol. Il n’est pas établi qu’il serait dépourvu de toute attache dans son pays d’origine. Enfin, si le requérant produit un extrait Kbis d’immatriculation d’une société à son nom, créée en 2021, il n’apporte aucun élément de nature à démontrer l’existence d’une insertion professionnelle ancienne et stable. Ainsi, dans les circonstances de l’espèce, eu égard notamment aux conditions de séjour de l’intéressé en France, le préfet du Bas-Rhin, en édictant la mesure en litige, n’a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut pas être accueilli. Dans les circonstances susrappelées, le préfet n’a pas davantage commis d’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la mesure sur la situation personnelle de l’intéressé.
Sur la décision fixant le pays de destination :
En premier lieu, pour les mêmes motifs qu’au point 2, le moyen tiré de de l’incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
En deuxième lieu, la décision attaquée qui fait apparaitre les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation ne peut être accueilli.
En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 5, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.
Sur l’interdiction de circulation sur le territoire français :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 251-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ». Pour fixer la durée de l’interdiction de circulation sur le territoire français, l’autorité administrative tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à la situation de l’intéressé, notamment la durée de son séjour en France, son âge, son état de santé, sa situation familiale et économique, son intégration sociale et culturelle en France, ainsi que de l'intensité de ses liens avec son pays d'origine.
En l’espèce, eu égard notamment à la durée de son séjour en France, à sa situation familiale et économique, à son intégration sociale et culturelle en France, à la circonstance qu’il a fait l’objet en 2025 d’une condamnation pénale pour menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, conduite d’un véhicule sans permis, récidive de conduite d’un véhicule en état d’ivresse manifeste, récidive de violence, usage ou menace d’une arme sans incapacité et vol, le préfet a pu légalement édicter à l’encontre de M. C... une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans. Pour les mêmes motifs qu’au point 5, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En second lieu, le sursis probatoire dont bénéficie M. C... et les obligations y afférentes ne font pas en eux-mêmes obstacle à l’édiction d’une interdiction de retour sur le territoire français. Si lesdites obligations rendent, le cas échéant, l’exécution de la décision attaquée impossible, elles sont en revanche sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de ce qu’il ne pouvait faire l’objet d’une interdiction de circulation sur le territoire français en raison du sursis probatoire dont il bénéficie doit être écarté comme inopérant.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête de M. C... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d’injonction ainsi que celles présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C..., à Me Thomann et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 16 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
Mme Bronnenkant, première conseillère,
Mme Muller, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2026.
Le président-rapporteur,
C. CARRIER
L’assesseure la plus ancienne,
H. BRONNENKANT
Le greffier,
P. SOUHAIT
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,