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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2506582

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2506582

vendredi 13 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2506582
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTÜRKAY

Résumé IA

**Sujet principal** : Recours contre le refus de renouvellement d'un titre de séjour "visiteur" et contre l'obligation de quitter le territoire français (OQTF). **Juridiction** : Tribunal Administratif de Strasbourg (2ème Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête. Il estime que l'administration n'a pas méconnu l'article L. 426-20 du CESEDA en refusant le renouvellement, car la requérante ne justifie pas de ressources personnelles suffisantes (sa retraite annuelle étant inférieure au SMIC net annuel). Concernant l'OQTF, le tribunal considère que l'ingérence dans la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) est proportionnée, la requérante n'établissant pas de liens familiaux étroits en France justifiant son maintien. **Textes appliqués** : Article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 août et 3 septembre 2025, Mme F... A... née E..., représentée par Me Türkay, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 24 juillet 2025 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention « visiteur », lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d’office ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l’article L. 426-20 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’elle justifie de ressources suffisantes compte tenu, outre sa retraite, des ressources de son fils et la compagne de celui-ci, qu’elle est hébergée et bénéficie d’une couverture sociale ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2025, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par un courrier du 2 février 2026, les parties ont été informées de ce que, dans l’hypothèse où l’obligation de quitter le territoire français serait annulée, le tribunal était susceptible d’annuler, par voie de conséquence, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination et, en vertu des dispositions du deuxième alinéa de l’article L. 911-2 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de réexaminer la situation de Mme A... et de lui délivrer, dans l’attente d’une nouvelle décision sur son séjour, une autorisation provisoire de séjour.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Brodier a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissante turque née en 1955, est entrée sur le territoire français le 3 mars 2019, sous couvert d’un visa de long séjour portant la mention « visiteur » valable jusqu’au 28 février 2020. Elle a ensuite bénéficié du renouvellement de sa carte de séjour « visiteur » du 29 février 2020 au 3 mars 2025. Par un arrêté du 24 juillet 2025, dont elle demande l’annulation, le préfet de la Moselle a refusé de renouveler sa carte de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d’office.

Sur la légalité du refus de renouvellement du titre de séjour :

Aux termes de l’article L. 426-20 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui apporte la preuve qu’il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. / Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. / Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle. (…) ».

Pour refuser à Mme A... le titre de séjour prévu par les dispositions précitées, le préfet de la Moselle a retenu que l’intéressée, qui a déclaré une retraite annuelle de 2 520 euros
en 2023 et a transmis une attestation de droits à la sécurité sociale « complémentaire santé solidaire » sans participation financière, ne justifie pas disposer de ressources propres au moins égales au salaire minimum interprofessionnel de croissance annuel, dont le montant net s’élève à 17 115,69 euros. La prise en charge de la requérante par son fils et sa belle-fille, qui disposent de revenus supérieurs au salaire minimum interprofessionnel de croissance annuel, ne saurait permettre de regarder l’intéressée comme disposant elle-même de ressources propres au moins égales à ce montant, ni par suite comme remplissant la condition de ressources fixée par les dispositions précitées. Dès lors, et nonobstant la circonstance qu’elle a bénéficié pendant plusieurs années d’un titre de séjour portant la mention « visiteur », la requérante n’est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu ces dispositions en lui en refusant le renouvellement.

Sur la légalité de l’obligation de quitter le territoire français :

Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Il n’est pas contesté qu’à la date de la décision contestée, Mme A... résidait régulièrement sur le territoire français depuis plus de six ans. Elle y habite chez son fils de nationalité française, sa belle-fille et ses deux petits-enfants, nés en 2008 et 2011. Elle établit également disposer en France de ses autres attaches familiales, à savoir sa fille C..., titulaire d’une carte de séjour pluriannuelle, sa petite-fille B... née en 2006, sa fille D... née en 1992 et titulaire d’une carte de séjour pluriannuelle, son fils G... né en 1989 et titulaire d’une carte de résident de dix ans. La requérante indique enfin, sans être contestée, être veuve. Dans ces conditions, elle doit être regardée comme ayant désormais l’essentiel de ses attaches familiales en France. Par suite, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et doit être annulée.

Il résulte de tout ce qui précède que Mme A... est seulement fondée à demander l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement n’implique pas que Mme A... soit admise au séjour en France. Ses conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint au préfet de la Moselle, sous astreinte, de lui délivrer un titre de séjour, doivent donc être rejetées.

En revanche, il y a lieu, en vertu de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, d’enjoindre au préfet de la Moselle de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois et de remettre à l’intéressée, sans délai et dans l’attente de la nouvelle décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais de l’instance :

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme au titre des frais exposés par Mme A... et non compris dans les dépens.



D E C I D E :



Article 1er : L’arrêté du préfet de la Moselle du 24 juillet 2025 est annulé en tant qu’il fait obligation à Mme A... de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d’office.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Moselle de réexaminer la situation de Mme A..., dans le délai de deux mois, et de lui délivrer, dans l’attente, et sans délai, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F... A... née E..., au préfet de la Moselle et à Me Türkay. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Thionville.



Délibéré après l’audience du 5 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,
Mme Brodier, première conseillère,
Mme Poittevin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2026.


La rapporteure,

H. Brodier
Le président,

P. Rees

La greffière,

V. Immelé



La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,

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