Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Bonnarel, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 3 mars 2025 par laquelle la ministre d’État, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche a prononcé son exclusion temporaire de fonctions pour une durée de vingt-quatre mois, assortie d’un sursis de douze mois ;
2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l’urgence :
- elle se trouve dans une situation financière, familiale et psychique particulièrement difficile du fait de la décision contestée ; elle est contrainte de recourir à des colis d’urgence pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille mineure ;
- elle est privée de son emploi et de sa rémunération depuis le 7 mars 2025 ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’inexactitude matérielle ;
- elle est entachée d’erreur d’appréciation et disproportionnée.
Par un mémoire, enregistré le 21 octobre 2025, le ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
la condition d’urgence n’est pas remplie en l’espèce, eu égard :
au délai d’introduction de la requête en référé ;
au fait que la requérante occupe un emploi lui assurant une source de revenus de l’ordre de 1500 euros par mois
au fait qu’il existe un intérêt public qui commande l’exécution immédiate de la décision en cause ;
il n’existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2503799 par laquelle Mme B... demande l’annulation de la décision en litige.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Dulmet pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 22 octobre 2025 à 10h en présence de Mme Brosé, greffière d’audience :
le rapport de Mme Dulmet, juge des référés ;
et les observations de Me Bonnarel, avocat de Mme B..., présente, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens, et soutient en outre que le délai de communication du mémoire en défense n’est pas raisonnable et méconnaît le principe du contradictoire.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / (…). ».
La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’une mesure de suspension de l’exécution d’un acte administratif doit être regardée comme remplie lorsque l’exécution de la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre.
Une mesure prise à l’égard d’un agent public ayant pour effet de le priver de la totalité de sa rémunération doit, en principe, être regardée, dès lors que la durée de cette privation excède un mois, comme portant une atteinte grave et immédiate à la situation de cet agent, de sorte que la condition d’urgence doit être regardée comme remplie, sauf dans le cas où son employeur justifie de circonstances particulières tenant aux ressources de l’agent, aux nécessités du service ou à un autre intérêt public, qu’il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l’espèce.
Mme A... B..., technicienne de recherche et de formation, est affectée au restaurant universitaire de Cronenbourg en tant que directrice adjointe. Par une décision du 3 mars 2025, dont elle demande la suspension, la ministre d’État, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche a, après avis de la commission paritaire nationale des techniciens de recherche et de formation siégeant en formation disciplinaire le 27 novembre 2024, prononcé à son encontre une exclusion temporaire de fonctions de vingt-quatre mois, assortie d’un sursis de douze mois.
Pour prendre la décision contestée, la ministre a considéré que Mme B... a fait usage de pratiques managériales constitutives de harcèlement moral en traitant de manière différenciée selon les collaborateurs des décomptes du temps d’habillage du temps de travail dans le logiciel dédié et en suscitant un climat d’incertitude autour de la validation des demandes de congés en appelant les collaborateurs durant leurs arrêts maladie pour les presser de reprendre le travail ou les menacer de ne pas renouveler leur contrat de travail. Il lui est également fait grief d’avoir manqué à ses obligations de dignité et d’exemplarité en tenant de façon habituelle et répétée des propos grossiers et insultants en public en mettant en cause l’intégralité personnelle et professionnelle de plusieurs agents et d’une manière générale sur les personnels absents pour maladie, de manquer à l’obligation de loyauté à l’égard de sa hiérarchie, d’avoir manqué à l’obligation de discrétion professionnelle en divulguant auprès des autres collaborateurs du restaurant universitaire des informations soumises au secret médical, d’avoir manqué à son obligation de neutralité en tenant des propos à connotation raciste et xénophobe et adopté un comportement discriminatoire en raison de la religion d’agents de confession musulmane.
En l’état de l’instruction, aucun des moyens présentés par Mme B... contre la sanction disciplinaire du 3 mars 2025 dont elle a fait l’objet n’est propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux sur la légalité de cette décision. Par suite, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence, les conclusions de la requérante aux fins de suspension de l’exécution de cette décision doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er :
La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 :
La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace. Copie en sera adressée pour information au CROUS 67.
Fait à Strasbourg, le 24 octobre 2025.
La juge des référés,
A. Dulmet
La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,