Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2025, Mme A... C..., M. D... C... et M. B... C..., représentés par Me Savouret, demandent au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté de mise en sécurité du 7 mai 2025 par lequel le maire de la commune de Metz a ordonné des mesures provisoires nécessaires pour faire cesser le danger imminent affectant l’unité foncière sis 6 rue des trinitaires, cadastrée à Metz, section 24, parcelle 188 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Metz la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
Sur l’urgence :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors que l’arrêté en litige leur interdit de jouir de leur immeuble et leur impose de devoir reloger les locataires occupant cet immeuble de même que le cas échéant, les locataires des immeubles voisins.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- la décision attaquée a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière en l’absence de respect d’une procédure contradictoire préalable ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article L. 511-2 du code de la construction et de l’habitation en l’absence d’un danger menaçant l’immeuble susceptible de créer des troubles graves.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2025, la commune de Metz, représentés par Me Debus, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des consorts C... la somme de 3 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
la condition d’urgence n’est pas satisfaite ;
aucun moyen susceptible de créer un doute sérieux sur la légalité de l’arrêté attaqué n’a été soulevé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2508067 tendant à l’annulation de l’arrêté du 7 mai 2025 par lequel le maire de la commune de Metz a ordonné des mesures provisoires nécessaire pour faire cesser le danger imminent affectant l’unité foncière sis 6 rue des trinitaires, cadastrée à Metz, section 24, parcelle 188.
Vu :
le code de la construction et de l’habitation ;
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné M. Claude Carrier, vice-président, comme juge des référés sur le fondement de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 19 novembre 2025 :
- le rapport de M. Claude Carrier, juge des référés ;
- les observations de Me Debus, représentant la commune de Metz.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience en application des dispositions de l’article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Les consorts C... sont propriétaires d’un immeuble situé 6 rue des trinitaires à Metz. Par arrêté de mise en sécurité du 7 mai 2025, le maire de la commune de Metz leur a ordonné de prendre des mesures provisoires afin de faire cesser le danger imminent affectant cet immeuble. Par leur requête, les consorts C... demandent au juge des référés d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».
En ce qui concerne la condition d’urgence :
La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. Il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
Les requérants se bornent à faire valoir de manière générale, pour justifier de la condition d’urgence prévue par les dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, que l’arrêté en litige leur interdit de jouir de leur immeuble et leur impose de devoir reloger les locataires occupant cet immeuble de même que le cas échéant, les locataires des immeubles voisins. Toutefois, les requérants n’apportent aucun élément relatif à leur situation financière et à leur impossibilité de faire face aux conséquences économiques de l’arrêté attaqué. Par ailleurs, à la date de la présente ordonnance, il résulte de l’instruction que les travaux partiels réalisés ont permis d’autoriser la réintégration des occupants des immeubles voisins et mitoyens sis 1-1bis, 3 et 8 rue des trinitaires, limitant ainsi le risque économique invoqué. Enfin, et en tout état de cause, il résulte de l’instruction, notamment des rapports d’expertise produits en défense, qu’un risque d’effondrement de la façade de l’immeuble mentionné au point 1 demeure à la date de la présente ordonnance. A cet égard, et malgré la mise en place d’échafaudages, en l’absence de mesures de stabilisation des structures au sous-sol côté nord, il n’est pas établi que les risques pour la sécurité publique auraient disparu concernant l’immeuble en cause. Ainsi, dans les circonstances de l’espèce, l’urgence qui s’attache à l’exécution de l’arrêté en litige au regard de l’objectif de sécurité publique qu’il poursuit n’est pas contrebalancé par l’intérêt privé dont se prévalent les consorts C.... Il s’ensuit que la condition d’urgence prévue par l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée en l’espèce comme remplie.
En ce qui concerne l’existence d’un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
En l’espèce, les moyens susvisés invoqués par les requérants à l’appui de leur demande de suspension de la décision attaquée ne paraissent pas, en l’état de l’instruction, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de ladite décision.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Metz, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les consorts C... demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens ;
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge des consorts C... le paiement à la commune de Metz de la somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A... C..., M. D... C... et M. B... C... est rejetée.
Article 2 : Mme A... C..., M. D... C... et M. B... C... verseront à la commune de Metz la somme globale de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... C..., à M. D... C..., à M. B... C... et à la commune de Metz.
Fait à Strasbourg, le 20 novembre 2025.
Le juge des référés,
C. CARRIER
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,