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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2510012

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2510012

mercredi 17 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2510012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAIRIAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg rejette la requête de M. C... contre l'arrêté du préfet du Bas-Rhin l'assignant à résidence pour 45 jours dans l'attente de son transfert aux autorités espagnoles. Le tribunal admet provisoirement M. C... à l'aide juridictionnelle. Il écarte le moyen d'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière. Il juge également que l'assignation à résidence est légalement fondée sur l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'un arrêté de transfert aux autorités espagnoles a bien été pris.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2025, M. F... C..., représenté par Me Airiau, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 19 novembre 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin l’a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l’État le versement à Me Airiau d’une somme de
2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75-I de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d’aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.

M. C... soutient que :

- la compétence du signataire de l’arrêté contesté n’est pas établie ;
- cet arrêté est entaché d’erreur de droit en l’absence de production de l’arrêté de transfert aux autorités espagnoles ;
- il est d’une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens invoqués par M. C... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Dulmet en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Après avoir entendu au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Dulmet, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Airiau, avocat de M. C..., qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans la requête.

Le préfet du Bas-Rhin n’était ni présent ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissante mauritanien, a fait l’objet, le 24 novembre 2025, d’une assignation à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours, dans l’attente de sa prise en charge par les autorités espagnoles responsables de l’examen de sa demande d’asile. M. C... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président (…) ». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’admettre, à titre provisoire, M. C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les autres conclusions :

En premier lieu, par un arrêté du 25 juillet 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le jour même, le préfet du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d’absence ou d’empêchement de M. A... D..., directeur des migrations et de l’intégration, à Mme G... B..., cheffe du bureau de l’asile et de la lutte contre l’immigration irrégulière et en cas d’absence ou d’empêchement de cette dernière, notamment à M. H... E..., chef du pôle régional Dublin, à l’effet de signer les décisions portant assignation à résidence. Il n’est pas établi ni même allégué que M. D... et Mme B... n’auraient pas été absents ou empêchés à la date de signature des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur des décisions attaquées doit être écarté.



En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 751-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile./ Lorsqu'un Etat requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à l'assignation à résidence édictée en application du présent article, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet Etat dans les plus brefs délais ou si un autre Etat peut être requis. / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée./L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article ou placé en rétention administrative, n'a pas déféré à la décision de transfert dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire peut être à nouveau assigné à résidence en application du présent article.».

Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 7 août 2025, notifié le même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris à l’encontre de M. C... un arrêté portant transfert aux autorités espagnoles, responsables de l’examen de sa demande d’asile. Le moyen tiré de ce que l’assignation à résidence serait privée de base légale en l’absence de mesure d’éloignement prise à l’encontre de M. C... doit être écarté comme manquant en fait.

En troisième lieu, M. C... se borne à affirmer, sans autre explication, que l’obligation qui lui est faite de se présenter tous les mercredis à la direction interdépartementale de la police aux frontières de Strasbourg est disproportionnée. Il n’établit pas ainsi que la décision en cause serait entachée d’erreur d’appréciation.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et ses conclusions relatives aux frais du litige.


D E C I D E :


M. C... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Le présent jugement sera notifié à M. F... C..., à Me Airiau et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.




Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2025.

La magistrate désignée,

A. Dulmet
La greffière,

C. Lamoot

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



C. Lamoot

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