Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 3 et 10 décembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Zimmermann, demande au tribunal :
1°) de lui accorder l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 30 novembre 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an ;
3°) subsidiairement de prononcer la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu’à la lecture de la décision de la Cour nationale du droit d’asile ;
4°) d’annuler l’arrêté du 30 novembre 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;
5°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
6°) de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S’agissant de la légalité des décisions attaquées :
- l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’incompétence de sa signataire ;
- elle est entachée de défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le refus de délai de départ volontaire est illégal du fait de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’incompétence de sa signataire ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée ;
- l’assignation à résidence est illégale du fait de l’illégalité de la mesure d’éloignement ;
- elle est entachée d’incompétence de sa signataire ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
S’agissant de la suspension de la mesure d’éloignement :
- il justifie de motifs de nature à justifier son maintien sur le territoire jusqu’à la lecture de la décision de la Cour nationale du droit d’asile, dès lors que les motifs retenus par l’OFPRA ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme D... en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme D...,
- et les observations de Me Zimmermann, avocate de M. B..., qui souligne que la demande d’asile de l’intéressé est très sérieuse, qu’il avait d’ailleurs été convoqué en juillet 2025 devant la Cour nationale du droit d’asile avant que l’audience ne soit reportée, sans qu’il ne connaisse les raisons de cette radiation, précise que la décision de l’OFPRA est mal-fondée car l’Office n’a pas tenu compte des éléments qu’il avait produits relativement à l’engagement de son grand frère auprès des forces ukrainiennes contre la Russie puis à son décès ainsi qu’à l’engagement de son petit frère également sur le front ukrainien et de ce que sa famille est ciblée comme opposante politique.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Une note en délibéré, présentée pour M. B..., a été enregistrée le 16 décembre 2025.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant géorgien né en 1982, déclare être entré sur le territoire français le 25 juillet 2024 afin de solliciter l’asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (ci-après OFPRA) du 26 novembre 2024. Par un arrêté du 30 novembre 2025, le préfet du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d’un an. Par un arrêté du même jour, le préfet du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de ces deux arrêtés.
Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ».
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce et eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de M. B..., de prononcer l’admission provisoire de l’intéressé à l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, par un arrêté du 11 juillet 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le même jour, le préfet du Bas-Rhin a donné délégation à Mme C... E..., directrice de cabinet, à l’effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions du cabinet telles que définies par l’arrêté préfectoral du 12 novembre 2024 portant organisation des services de la préfecture de région Grand Est, préfecture du Bas-Rhin. L’arrêté préfectoral du 12 novembre 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de région du 22 novembre 2024, consultable sur internet, dispose en son article 3 que le directeur de cabinet « assiste le préfet pour animer et coordonner l’action des services chargés d’assurer l’ordre public et la protection des personnes et des biens » et que le cabinet « assure le pilotage départemental des polices administratives et leur mise en œuvre en matière de sécurités (…) ». Il n’est ni allégué ni établi que Mme E... n’aurait pas été de permanence à la date à laquelle elle a adopté la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…) / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (…) ».
Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée, prise en application des dispositions précitées, que le préfet du Bas-Rhin a tenu compte de ce que l’OFPRA avait rejeté, par une décision du 26 novembre 2024, la demande d’asile de M. B..., dont il est constant qu’elle a été examinée en procédure accélérée. Le requérant ne conteste pas qu’il n’avait pas droit au maintien sur le territoire français jusqu’à ce que la Cour nationale du droit d’asile ait statué sur son recours. L’existence d’un recours pendant devant la CNDA est, s’agissant de la situation de l’intéressé, sans incidence sur la légalité de la mesure d’éloignement contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Bas-Rhin aurait entaché sa décision d’un défaut d’examen, faute d’avoir tenu compte de ce recours, ne peut qu’être écarté.
En troisième lieu, la décision attaquée n’a ni pour objet ni, par elle-même, pour effet de renvoyer M. B... dans son pays d’origine, la Géorgie. Par suite, le moyen tiré de ce qu’il pourrait y être exposé à des traitements contraires aux stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales est inopérant.
En quatrième lieu, M. B... ne conteste pas, ainsi qu’il a été dit, ne pas bénéficier d’un droit au maintien sur le territoire français pendant l’examen de son recours devant la CNDA. Par suite, et quelles que soient les raisons pour lesquelles il a fui son pays d’origine, le préfet pouvait, sans faire une inexacte application des dispositions du 4° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, lui faire obligation de quitter le territoire français.
En dernier lieu, il ressort des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile qu’un ressortissant étranger issu d’un pays sûr dont la demande d’asile a été rejetée selon la procédure accélérée, s’il ne bénéficie pas du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu’à ce que la Cour nationale du droit d’asile ait statué sur son recours, peut contester l’obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, ce que M. B... a d’ailleurs fait. En outre, le recours contre la mesure d’éloignement présente un caractère suspensif et le juge saisi a la possibilité, le cas échéant, de suspendre l’exécution de la mesure d’éloignement et de permettre, ainsi, au ressortissant étranger de demeurer sur le territoire français jusqu’à ce que la Cour nationale du droit d’asile ait statué sur son recours. Par suite, eu égard notamment à ces garanties procédurales, M. B... n’est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été adoptée en méconnaissance de l’article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision de refus de lui accorder un délai de départ volontaire :
En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire serait illégale du fait de l’illégalité de la mesure d’éloignement.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (…) ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ».
Pour refuser d’accorder un délai de départ volontaire à M. B..., le préfet du
Bas-Rhin a retenu qu’il existait un risque que l’intéressé se soustraie à son obligation de quitter le territoire français dès lors qu’il est entré et se maintient irrégulièrement sur le territoire français et qu’il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, en l’absence de justificatif de domicile et de document d’identité. Le requérant se borne à soutenir qu’il a une adresse de domiciliation, ce dont il ne justifie pas au demeurant, et ne produit aucun élément pour contredire les motifs de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré d’une erreur d’appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
En premier lieu, l’arrêté attaqué ne comporte aucune décision de refus de délivrance d’un titre de séjour. Par suite, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l’illégalité du refus de titre de séjour.
En deuxième lieu, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 ci-dessus.
En dernier lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».
M. B... soutient que sa famille, qui réside en Abkhazie, est ciblée par les autorités géorgiennes depuis que son frère aîné, puis son frère cadet, sont partis combattre contre la Russie dans les forces ukrainiennes. Il indique craindre d’être recherché pour être envoyé combattre parmi les forces russes en cas de retour dans son pays d’origine. Toutefois, le requérant ne produit pas d’élément permettant d’établir qu’il courrait, personnellement et de manière actuelle, des risques de subir des traitements contraires à ceux proscrits par l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Géorgie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :
Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ».
Pour fixer à un an la durée de l’interdiction de retour prononcée à l’encontre de M. B..., le préfet du Bas-Rhin a tenu compte de ce que l’intéressé n’était présent sur le territoire français que depuis 2024 et de ce qu’il ne respectait pas les lois de la République. Alors même qu’il n’a pas fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement et de ce qu’il ne constitue pas une menace pour l’ordre public, le requérant, qui présente une faible durée de présence sur le territoire et n’allègue pas y disposer de liens, n’est pas fondé à soutenir qu’en lui faisant interdiction de retour pendant une durée d’un an, le préfet du Bas-Rhin aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En ce qui concerne l’assignation à résidence :
En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision l’assignant à résidence serait illégale du fait de l’illégalité de la mesure d’éloignement.
En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.
En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’eu égard à ses modalités et compte tenu des buts en vue desquels elle a été prise, l’assignation à résidence porterait une atteinte disproportionnée au droit de M. B... au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, le requérant ne fait état d’aucune circonstance qui ferait sérieusement obstacle à ce qu’il se présente, les mercredis à 14h à la direction interdépartementale de la police aux frontières de Strasbourg. Par suite, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation des arrêtés du préfet du Bas-Rhin du 30 novembre 2025 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence les conclusions présentées à fin d’injonction.
Sur les conclusions à fin de suspension de la mesure d’éloignement :
Aux termes de l’article L. 752-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ». Aux termes de l’article L. 752-6 du même code : « Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application des articles L. 614-1 ou L. 614-2, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ».
Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d’éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d’irrecevabilité opposée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l’Office.
Il ressort de la décision du 26 novembre 2024 que l’Office a considéré que M. B... n’apportait pas d’élément substantiel permettant d’établir la réalité de l’engagement de ses deux frères aux côtés de l’armée ukrainienne dans le cadre de la guerre contre la Russie. Les éléments produits par le requérant, qui sont ceux qu’il a joints à son recours devant la Cour nationale du droit d’asile, sont de nature à faire naître un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet opposée par l’OFPRA.
Par suite, M. B... est fondé à demander la suspension de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 30 novembre 2025, soit jusqu’à la date de la lecture en audience publique de la décision de la CNDA, soit, s’il est statué par ordonnance, jusqu’à la date de notification de celle-ci.
Sur les frais liés au litige :
Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L’exécution de l’obligation de quitter le territoire français dont M. B... fait l’objet est suspendue jusqu’à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d’asile ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu’à la date de la notification de celle-ci.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au préfet du Bas-Rhin et à Me Zimmermann. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.
La magistrate désignée,
H. D...
La greffière,
C. Lamoot
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Lamoot