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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2510343

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2510343

vendredi 19 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2510343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantARAB

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a examiné la requête de M. A..., ressortissant croate, contestant un arrêté préfectoral du 6 décembre 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français, avec refus de délai de départ volontaire, interdiction de circulation de trois ans et assignation à résidence. Le tribunal a rejeté l'ensemble des demandes d'annulation, estimant que la décision d'éloignement était fondée sur la menace à l'ordre public que constituait le comportement de l'intéressé, conformément aux articles L. 251-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Il a également jugé que les décisions contestées ne méconnaissaient ni les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni les dispositions du CESEDA relatives au délai de départ volontaire et à la motivation de l'interdiction de circulation. La solution retenue est le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2025, M. C... A..., représenté par Me Arab, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéficie de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 6 décembre 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné un pays de destination et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant trois ans ;

3°) d’annuler la décision du 6 décembre 2025 l’assignant à résidence.

Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions des articles L. 251-1, L. 233-1, L. 234-1 et L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire méconnait les dispositions de l’article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision lui interdisant la circulation sur le territoire français pendant trois ans est insuffisamment motivée et porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.



Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lecard pour statuer sur les litiges visés à l’article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lecard, magistrate désignée ;
- les observations de Me Arab, avocate de M. A..., qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans sa requête en insistant sur la vie privée et familiale de M. A... ;
- et les observations de M. A... qui a indiqué vouloir rester en France auprès de sa compagne et accueillir un enfant.

Le préfet du Bas-Rhin n’était ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.


Considérant ce qui suit :

M. C... A..., ressortissant croate né en 1996, a été interpelé le
6 décembre 2025 et placé en garde à vue pour des faits de vol par effraction. Il demande l’annulation des arrêtés du 6 décembre 2025 par lesquels le préfet du Bas-Rhin, d’une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné un pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans et, d’autre part, l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, (…) l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente (…) ».

3. En raison de l’urgence, il y a lieu d’admettre M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d’annulation :



En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l’article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; ( …) ».
Aux termes de l’article L. 251-2 du même code : « Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. » Aux termes de l’article L. 233-1 du même code : « Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; (…) 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ». Aux termes de l’article L. 234-1 du même code : Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. Les ressortissants de pays tiers, membres de famille, acquièrent également un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français à condition qu'ils aient résidé en France de manière légale et ininterrompue pendant les cinq années précédentes avec le citoyen de l'Union européenne mentionné au premier alinéa. Une carte de séjour d'une durée de validité de dix ans renouvelable de plein droit leur est délivrée. ».

5. Le requérant soutient qu’en tant que citoyen de l’Union européenne et ayant séjourné en France de manière ininterrompue depuis cinq ans, il a acquis un droit au séjour permanent et qu’il ne pouvait donc pas faire l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, si le requérant justifie être présent en France depuis de nombreuses années, il ne démontre pas qu’il remplissait lui-même ou les membres de sa famille une des conditions permettant de séjourner légalement ni avoir acquis un droit permanent au séjour en ayant résidé de manière légale en France les cinq dernières années alors qu’au demeurant le préfet du Bas-Rhin produit les trois décisions d’éloignement dont il a fait l’objet les 24 juin 2015, 7 février 2018 et
7 mai 2019. En application de l’article L. 251-1 du code précité, les citoyens de l’Union européenne peuvent faire l’objet d’une décision les obligeant à quitter le territoire français si leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Or, en l’espèce, le requérant a fait l’objet de quatre condamnations pénales à des peines d’emprisonnement en 2015, 2017 et deux en 2019 pour des faits de vols aggravés et de recels. Son comportement constitue alors une telle menace. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précités doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

7. Le requérant se prévaut de sa présence en France depuis de nombreuses années auprès de sa famille et de sa compagne de nationalité française avec qui il est en couple depuis 2018 et avec laquelle il commencé un processus de Fécondation In Vitro (FIV). Toutefois, d’une part, les éléments produits ne sont pas suffisants pour démontrer l’ancienneté, l’intensité et la stabilité de leur relation. Si, lors de l’audience sa compagne, Mme B..., a indiqué que les résultats de la dernière FIV seraient positifs, cet élément est trop récent. D’autre part, contrairement à ce qu’il soutient, le requérant ne démontre pas son insertion professionnelle récente en France en se bornant à produire une attestation de radiation de l’Urssaf. Par ailleurs, le requérant a déjà fait l’objet de trois mesures d’éloignement les 24 juin 2015, 7 février 2018 et 7 mai 2019. Pour finir, ainsi qu’il a été exposé précédemment, son comportement représente une menace pour l’ordre public. Dans ces circonstances, la décision attaquée ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Dans les circonstances sus rappelées, le préfet du Bas-Rhin n’a pas davantage commis d’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la mesure sur la situation personnelle de l’intéressé.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l’article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ».

9. Ainsi qu’il a précédemment été exposé le requérant a déjà fait l’objet de quatre condamnations pénales et son comportement représente ainsi une menace pour l’ordre public. Ainsi, le préfet du Bas-Rhin n’a pas méconnu les dispositions de l’article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision lui interdisant la circulation sur le territoire français pendant trois ans :

10. Aux termes de l’article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. »

11. En premier lieu, la décision contestée indique les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle s’appuie. Le moyen tiré du défaut de motivation n’est donc pas fondé.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, le préfet du Bas-Rhin n’a pas porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en lui interdisant de circuler sur le territoire français pendant trois ans.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation des arrêtés du 6 décembre 2025 du préfet du Bas-Rhin.


D E C I D E :


Article 1er : M. A... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A... est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.
La magistrate désignée,

A. Lecard
La greffière,

C. Lamoot


La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



C. Lamoot

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