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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2510663

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2510663

mercredi 7 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2510663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAIRIAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a été saisi par M. B..., ressortissant algérien, d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du préfet du Bas-Rhin du 11 décembre 2025 l’assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a admis le requérant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire. Sur le fond, il a annulé l’arrêté attaqué au motif que le préfet du Bas-Rhin avait assigné l’intéressé à résidence dans le département du Bas-Rhin, alors que M. B... était domicilié dans le Haut-Rhin, entachant ainsi sa décision d’une erreur de fait et d’un défaut d’examen. Cette solution est fondée sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 décembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Airiau, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 11 décembre 2025 du préfet du Bas-Rhin portant assignation à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 75-1 et 37 de la loi du 10 juillet 1991, et en cas de rejet de la demande d’aide juridictionnelle de lui verser directement cette somme.

Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’incompétence ;
- elle méconnaît l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile si le préfet ne justifie pas qu’il fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 décembre 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens invoqués par le requérant n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Michel, magistrat honoraire inscrit sur la liste prévue à l’article L. 222-2-1 du code de justice administrative, en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Michel, magistrat désigné ;
- les observations de Me Airiau, avocat de M. B..., absent à l’audience, qui reprend les conclusions et les moyens de la requête, soutient en outre, d’une part, qu’en assignant l’intéressé à résidence dans le département du Bas-Rhin alors qu’il est domicilié dans le Haut-Rhin, le préfet du Bas-Rhin a entaché son arrêté d’un défaut d’examen, d’erreur de fait et d’erreur manifeste d’appréciation, d’autre part, que l’arrêté attaqué comporte une erreur sur la date de l’obligation de quitter le territoire français et produit des pièces complémentaires.

Le préfet du Bas-Rhin n’était ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant algérien né en 1988, a été placé en retenue pour vérification de son droit au séjour par les services de police aux frontières de Saint-Louis le 17 décembre 2024. Par un arrêté du même jour, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 17 janvier 2025 et par la cour administrative d’appel de Nancy le 21 mars 2025, le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an. M. B... demande l’annulation de l’arrêté du 11 décembre 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l’application de ces dispositions : « (…) L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ».

En raison de l’urgence, il y a lieu d’admettre M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle, à titre provisoire, sur le fondement de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) ». Aux termes de l’article L. 733-1 du même code : « L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie (…) ». Enfin, l’article R. 733-1 du même code dispose que : « L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; (…) ».

Par l’arrêté attaqué, le préfet du Bas-Rhin a assigné à résidence M. B... dans le département du Bas-Rhin et l’a astreint à se présenter une fois par semaine auprès des services de la police aux frontières de Strasbourg. Toutefois, il ressort des pièces du dossiers, et notamment du procès-verbal d’audition en date du 11 décembre 2025, de l’attestation d’élection de domicile du 6 mai 2022, visée par les services de la ville de Mulhouse, de l’attestation de présence établie le 19 juin 2024 par le service d’urgence sociale de la même ville, des factures d’électricité et de téléphonie ainsi que du contrat de bail du 23 février 2024, que l’intéressé réside depuis plusieurs années à Mulhouse, dans le département du Haut-Rhin. Par suite, dans les circonstances de l’espèce, le préfet du Bas-Rhin, en fixant le lieu de résidence de M. B... dans le département du Bas-Rhin et en lui imposant de se présenter une fois par semaine aux services de la police aux frontières de Strasbourg, et alors qu’il ne conteste pas qu’il existait des modalités de contrôle moins contraignantes pour le requérant, a entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 11 décembre 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les frais de l’instance :

M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire par le présent jugement. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Airiau, avocat de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État et sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros à verser à Me Airiau. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B....





D É C I D E :


Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L’arrêté du préfet du Bas-Rhin en date du 11 décembre 2025 est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l’admission définitive de M. B... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Airiau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, ce dernier versera à Me Airiau, avocat de M. B..., une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 (mille) euros sera versée à M. B....

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Airiau et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Mulhouse.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2026.


Le magistrat désigné,

C. Michel
La greffière,

L. Abdennouri



La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,




L. Abdennouri

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