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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2601683

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2601683

mercredi 18 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2601683
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAIRIAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête en excès de pouvoir de Mme F... visant à annuler son assignation à résidence. Le tribunal a jugé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment en écartant les moyens tirés de l'incompétence, du défaut de motivation et du défaut de base légale. La décision s'appuie sur les articles L. 751-2, L. 751-4 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 pour l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2026, Mme A... F..., représentée par Me Airiau demande au tribunal :
de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
d’annuler l’arrêté du 13 février 2026 par lequel le préfet du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991,ou en cas de refus de l’aide juridictionnelle provisoire, de mettre la même somme à la charge de l’Etat en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision portant assignation à résidence est entachée du vice d’incompétence ;
- elle est entachée de défaut de motivation ;
- elle est dépourvue de base légale ;
- elle est entachée d’erreur d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2026, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme F... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.



Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guth en application des dispositions des articles L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Guth, magistrat désigné ;
- les observations de Me Airiau, avocat de Mme F..., absente à l’audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre que la décision est entachée d’erreur de droit en ce qu’elle prévoit qu’elle est renouvelable trois fois.

Le préfet du Bas-Rhin, régulièrement convoqué, n’était ni présent ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.


Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l’application de ces dispositions : « (…) L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ».
En raison de l’urgence, il y a lieu d’admettre Mme F... au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur la légalité de l’arrêté portant assignation à résidence :
En premier lieu, par un arrêté du 6 février 2026, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Bas-Rhin a donné délégation à M. E... C..., à l’effet de signer, en cas d’absence ou d’empêchement de Mme D... B..., cheffe du bureau de l’asile et de la lutte contre d’immigration irrégulière, notamment les décisions de transfert et les assignations à résidence. Il n’est pas allégué et il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B... n’aurait pas été absente ou empêchée le 13 février 2026. Par suite, le moyen tiré de ce que M. C... ne disposait pas d’une délégation de compétence aux fins de signer la décision attaquée doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ». La décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, la durée de l’assignation et ses modalités n’ayant pas à faire l’objet d’une motivation spécifique. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.
En troisième lieu, le préfet du Bas-Rhin produit à l’instance l’arrêté de transfert aux autorités danoises du 14 janvier 2026 sur la base duquel la requérante a été assignée à résidence. dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.
En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. (…) ». Aux termes de l’article L. 751-4 du même code : « En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 733-1 à L. 733-4 et L. 733-8 à L. 733-12 sont applicables. Toutefois, pour l'application du second alinéa de l'article L. 732-3, l'assignation à résidence est renouvelable trois fois. ». Enfin, aux termes de l’article L. 732-3 dudit code : « L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. (…) ».
Si la décision attaquée mentionne qu’elle pourra être renouvelée trois fois, il ne ressort toutefois pas de ses termes que ce renouvellement sera tacite, ni que la durée totale d’assignation excèdera la durée maximale prévue par les dispositions précitées. Le moyen tiré de l’erreur de droit au regard de ces dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit dès lors être écarté.
En dernier lieu, en se bornant à rappeler dans sa requête les mesures de contrôle dont a été assortie l’assignation à résidence, la requérante n’établit pas l’existence de la disproportion dont elle se prévaut. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que Mme F... n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 13 février 2026. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l’application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu’être rejetées.


D E C I D E :


Mme F... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Le présent jugement sera notifié à Mme A... F..., à Me Airiau et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2026.


Le magistrat désigné,

L. Guth
La greffière,

G. Trinité



La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,





G. Trinité


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