Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 mai 2026 et le 12 mai 2026,
M. B... A..., représenté par Me Kling, demande au tribunal :
d’annuler la décision du 28 avril 2026 par laquelle le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans ;
d’enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un certificat de résident algérien dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte d’un montant de 50 euros par jour de retard ;
de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
- il n’est pas établi que l’auteur était compétent pour les édicter ;
Sur le refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article 6-4 de l’accord franco-algérien ;
- la menace à l'ordre public n’est pas caractérisée ;
- la décision méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant refus de titre séjour ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle est entachée d’un défaut de base légale, dès lors que l’article L. 511-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile relatif au « risque de fuite » est contraire aux articles 1 et 3 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur de droit, dès lors que le préfet ne s’est pas prononcé sur chacun des critères requis ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2026, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Fuchs Uhl en application de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Fuchs Uhl, magistrate désignée,
- les observations de Me Kling, représentant M. A... qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et insiste sur le moyen tiré de l’erreur de l’appréciation quant à l’article 6-4 de l’accord franco-algérien qui prévoit la délivrance de plein droit du titre de séjour parent d’enfant français et celui tiré de l’erreur d’appréciation de la menace pour l’ordre public dès lors que les faits commis ne caractérisent pas une telle menace et que la communauté de vie du requérant avec son épouse s’est poursuivie durant son incarcération et postérieurement aux condamnations, et enfin à supposer que la menace pour l’ordre public soit établie, elle doit être mise en balance avec la vie privée et familiale du requérant, qui dispose de liens intenses, existants et certains ;
- et les observations de M. A... qui reconnaît, s’agissant des faits ayant justifié son placement à garde-à-vue en avril 2026, avoir giflé son épouse après que celle-ci l’ait également giflé, et s’agissant des faits ayant justifié la garde-à-vue en mars 2026 avoir menacé l’oncle de sa conjointe qui l’avait auparavant insulté et enfin qui regrette les faits commis et souhaite pouvoir rester auprès de ses deux enfants.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. B... A..., ressortissant algérien, né le 7 novembre 1994 est entré sur le territoire français pour la dernière fois, selon ses déclarations, le 17 novembre 2023. Le 16 mai 2024, il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de harcèlement sexuel et violences sur mineur de quinze ans. Par un arrêté du 17 mai 2024, le préfet du Haut-Rhin l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans. Le
5 mai 2025, il a été interpellé par les autorités suisses et condamné à une peine d’emprisonnement de quatre-vingt-neuf jours pour des faits de vol. Le 10 juin 2025, il a été réadmis en France par les autorités suisses. Le 3 septembre 2025, il a sollicité son admission au séjour en tant que parent d’enfants français et conjoint de français en application des stipulations de l’accord franco-algérien. Par un arrêté du 28 avril 2026, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l’annulation, le préfet du Haut-Rhin a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, il demande au tribunal de prononcer l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
Par un arrêté du 30 juin 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à M. Augustin Cellard, secrétaire général de la préfecture, à l’effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l’État dans le département, à l’exception d’actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de délivrance d’un titre de séjour, les obligations de quitter le territoire français et les décisions fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté en litige doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
En premier lieu, il résulte des termes mêmes de la décision contestée que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen de sa situation doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du
27 décembre 1968 : « (…) / Le certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : / (…) 4) au ressortissant algérien ascendant direct d’un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu’il exerce même partiellement l’autorité parentale à l’égard de cet enfant ou qu’il subvienne effectivement à ses besoins (…) ».
Si l’accord franco-algérien ne subordonne pas la délivrance d’un certificat de résidence à un ressortissant algérien à la condition que l’intéressé ne constitue pas une menace pour l’ordre public, il ne prive pas l’administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l’entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l’admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l’ordre public.
En l’espèce, M. A... a été condamné, le 21 mai 2024 par le tribunal correctionnel de Mulhouse, à dix mois d’emprisonnement pour des faits de harcèlement sexuel avec pressions afin d’obtenir un acte de nature sexuelle sur une personne mineure de moins de quinze ans, puis, le
11 juin 2025, par le tribunal correctionnel de Mulhouse, à six mois d’emprisonnement pour des faits de violence avec usage ou menace d’une arme. Il ressort des termes de ce dernier jugement que l’autorité judiciaire a relevé les circonstances de l’infraction et notamment l’atteinte à la valeur sociale protégée ainsi que le mode de commissions des faits, rendant indispensable le prononcé d’une peine d’emprisonnement ferme, qui n’a pas été aménagée. Ce jugement souligne également le risque de récidive et l’absence de garanties suffisantes pour prévenir la réitération des faits ainsi que l’absence de prise de conscience réelle du trouble causé. Le 20 mars 2026, M. A... a été placé en garde à vue pour des faits de violences volontaires aggravées, faits commis le 19 mars 2026. Le 29 avril 2026, il a été placé en garde-à-vue pour des faits de menace de mort réitérée. Pour être jugé sur ces faits, M. A... est convoqué devant le tribunal correctionnel de Mulhouse le 16 juin 2026. A l’issue de cette mesure de garde à vue, alors que le sursis probatoire de M. A... avait été révoqué par une décision du 26 mai 2025 du juge d’application des peines du tribunal judiciaire de Mulhouse, le requérant a été écroué. Par ailleurs, l’intéressé s’est fait défavorablement connaître des autorités judiciaires suisses pour, notamment, des faits de détournement de fonds qualifiés, fraude par chèque commercial et carte de crédit et blessures corporelles simples, faits pour lesquels il a été condamné le 24 juillet 2020 à une peine de vingt mois d’emprisonnement ferme, assortie d’une expulsion du territoire valable jusqu’en 2030, conduisant à son renvoi vers son pays d’origine en juillet 2023. Enfin, si M. A... a exprimé des regrets lors de l’audience sur son parcours pénal, il a néanmoins admis avoir été mis en cause les 20 mars 2026 et 29 avril 2026 pour les faits précités de menaces de mort et violences aggravées, soit à des dates très récentes, démontrant encore l’absence de prise de conscience réelle et sérieuse de la gravité de son comportement. Eu égard à la nature des infractions commises, de leur réitération et du risque de récidive relevé par l’autorité judiciaire, c’est à bon droit que le préfet du Haut-Rhin a estimé que le requérant constituait une menace pour l’ordre public et refusé pour ce motif de lui délivrer un titre de séjour. Les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 6-4 de l’accord franco-algérien et de l’erreur d’appréciation quant à l’existence d’une menace pour l’ordre public doivent être écartés.
En troisième lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »
M. A... invoque la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et se prévaut de la présence de son épouse et de ses deux enfants mineurs, de nationalité française, dont il assure l’entretien et l’éducation. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que depuis la naissance de son aîné, âgé de deux ans, il a été incarcéré durant près d’un an. En outre, s’il produit des attestations indiquant qu’il a accompagné sa fille à plusieurs rendez-vous médicaux, ces éléments ne suffisent pas à démontrer que M. A... entretient des liens stables et réguliers avec ses enfants et qu’il contribue effectivement à leur entretien et à leur éducation. S’agissant de son mariage avec une ressortissante française le 14 octobre 2022, ainsi qu’il a été dit précédemment, M. A... a été condamné à une peine de vingt mois d’emprisonnement par les autorités suisses le 24 juillet 2020 et renvoyé dans son pays d’origine en juillet 2023. Compte tenu de ces éléments, il ne peut démontrer une communauté de vie stable avec son épouse, la seule circonstance que celle-ci soit venu lui rendre visite à plusieurs reprises lors de parloirs entre juillet et août 2025 ne permet pas de démontrer la continuité de leur relation. Par ailleurs, la commission du titre de séjour qui s’est réunie le 5 février 2026 a émis un avis défavorable à la délivrance d’un titre de séjour au motif que l’intéressé ne justifiait pas d’une insertion professionnelle suffisante, disposait de faibles attaches en France et que sa présence constitue une menace pour l’ordre public. Enfin, M. A... ne justifie d’aucune intégration professionnelle et n’est pas isolé dans son pays d'origine où résident encore ses parents. En dernier lieu, ainsi qu’il a été dit précédemment, le comportement de M. A... constitue une menace pour l’ordre public et il y a lieu de tenir compte de la nature particulière de ses condamnations pour des faits de harcèlement sexuel sur une mineure et de violences avec usage d’une arme et de la circonstance qu’il a été placé en garde-à-vue très récemment pour des faits de violences et menaces de mort. Dans ces conditions, le préfet du Haut-Rhin ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée, par rapport aux buts poursuivis, au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Pour les mêmes motifs, dans les circonstances de l’espèce, le préfet du Haut-Rhin en refusant de délivrer à M. A... un titre de séjour, n’a pas commis d’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la mesure sur la situation personnelle et familiale de l’intéressé.
En dernier lieu, aux termes des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant du 26 janvier 1990 : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l’appui d’un recours pour excès de pouvoir, que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que la mesure d’éloignement est illégale par voie de conséquence de l’illégalité dont serait entachée la décision de refus de séjour.
En second lieu, eu égard à ce qui a été dit aux points 8 et 10, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la mesure d’éloignement en litige est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
En ce qui concerne le refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :
En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré de l’annulation par voie de conséquence de la décision refusant un délai de départ volontaire ne peut qu’être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public. ».
La décision contestée, qui mentionne les dispositions précitées et indique se fonder sur un motif tiré de la menace à l'ordre public, est dès lors régulièrement motivée. Le moyen doit être écarté.
En troisième lieu, il résulte également des termes mêmes de la décision contestée que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A... sans, contrairement à ce qu’affirme le requérant, se considérer en situation de compétence liée.
En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant représente une menace à l'ordre public. Par ailleurs, le préfet n’a pas retenu un motif tiré du risque de fuite. Dès lors, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.
En ce qui la décision fixant le pays de renvoi :
Dès lors qu’il résulte des points précédents que le requérant n’est pas fondé à demander l’annulation du refus de titre de séjour ni de l’obligation de quitter le territoire français pris à son encontre, il n’est pas davantage fondé à solliciter l’annulation, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :
Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, l’autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l’autorité administrative n’édicte pas d’interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l‘ordre public ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…) ».
Il résulte des dispositions de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que l’autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l’encontre de l’étranger soumis à l’obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, tenir compte des critères qu’elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l’un ou plusieurs d’entre eux. Ainsi, la décision d’interdiction de retour doit comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Par ailleurs, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l’autorité compétente, au vu de la situation de l’intéressé, de l’ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n’impose que le principe et la durée de l’interdiction de retour fassent l’objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l’importance accordée à chaque critère.
D’une part, la décision attaquée vise les textes qui la fondent, notamment les dispositions de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Elle indique les éléments de la situation personnelle du requérant qui ont été pris en considération, notamment la faible insertion sociale et professionnelle, ses liens dans son pays d’origine, sa faible durée de présence en France, la non-exécution d’une précédente mesure d’éloignement et la gravité de la menace qu’il représente pour l’ordre public. Ainsi, le préfet du Haut-Rhin a pris en compte l’ensemble des critères prévus par les dispositions précitées. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
D’autre part, compte tenu du comportement d’ensemble de M. A..., en particulier le caractère récent de sa dernière entrée sur le territoire français, de l’absence de liens effectifs et stables avec son épouse et ses enfants et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français, celui-ci n’est pas fondé à soutenir que le préfet, en édictant à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans a commis une erreur d’appréciation. Il n’est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée emporterait des conséquences d’une exceptionnelle gravité pour sa vie personnelle et familiale.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A... à fin d’annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d’injonction, d’astreinte et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. A... est admis à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A... est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Kling et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.
La magistrate désignée,
S. Fuchs Uhl
La greffière,
C. Lamoot
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Lamoot