Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mai 2026, Mme E... C..., représentée par Me Zimmermann, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler la décision du 22 avril 2026 par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;
3°) d’enjoindre à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de lui accorder les conditions matérielles d’accueil et de lui proposer une offre d’hébergement dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros hors taxes en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’incompétence de son signataire ;
- elle est entachée de défaut de motivation et de défaut d’examen de sa situation, son état de vulnérabilité n’ayant pas été évalué ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2026, l’Office français de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme D... en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme D...,
- les observations de Me Zimmermann, avocate de Mme C..., qui insiste sur le fait que la vulnérabilité de celle-ci n’a pas été examinée et qu’un certificat Medzo ne lui a jamais été remis, ni en 2024, ni en 2026.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Mme C..., ressortissante afghane née en 1994, est entrée en France le 13 juin 2024. Elle a sollicité l’asile le 7 novembre 2024. L’Office français de la protection des réfugiés et apatrides a déclaré sa demande irrecevable au motif qu’elle avait obtenu l’asile en Grèce et la Cour nationale du droit d’asile a, par une décision du 11 décembre 2025, rejeté son recours contre cette décision. L’intéressée a alors présenté une demande de réexamen de sa demande d’asile, enregistrée le 23 mars 2026. Par une décision du 22 avril 2026, dont elle demande l’annulation, l’Office français de l’immigration et de l’intégration (ci-après l’OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil.
Sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle à titre provisoire :
Aux termes de l’article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ». Aux termes de l’article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 pris pour l’application de ces dispositions : « (…) / L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président ou par le président de la commission mentionnée à l'article L. 432-13 ou à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ».
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’admettre Mme C... à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : (…) ; 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; (…). / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ».
En premier lieu, par une décision du 25 mars 2026 publiée au bulletin officiel du ministère de l’intérieur, le directeur général de l’OFII a donné délégation à M. A... B..., directeur territorial, à l’effet de signer, tous actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction territoriale de Strasbourg. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
En deuxième lieu, il ressort de la décision attaquée, adoptée sur le fondement des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qu’elle est motivée par le fait que Mme C... est en situation de réexamen de sa demande d’asile. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré d’une insuffisance motivation doit être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 522-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ». Aux termes de l’article R. 522-1 du même code : « L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé ». Enfin, aux termes de l’article R. 522-2 de ce code : « Si, à l'occasion de l'appréciation de la vulnérabilité, le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptées à sa situation, ils sont examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ».
Il ressort des pièces produites par l’OFII qu’à l’issue de l’entretien réalisé le 9 avril 2026 avec un agent de l’Office en présence d’un interprète, Mme C... a été informée de ce qu’elle était susceptible de faire l’objet d’une décision de refus des conditions matérielles d’accueil et a été invitée à retourner à l’Office dans le délai de dix jours la fiche « Medzo ». Si la requérante soutient que ce formulaire ne lui a pas été remis, l’OFII produit l’avis émis le 20 avril 2026 sur l’état de santé de l’intéressée par un médecin de l’Office qui a, au regard des éléments portés à sa connaissance, considéré que Mme C... relevait du « niveau 1 : priorité pour un hébergement, sans caractère d’urgence ». Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen de la situation de Mme C... ne peut qu’être écarté.
En dernier lieu, Mme C... produit des certificats médicaux dont il ressort qu’elle serait traitée depuis 2024 pour migraine, hypothyroïdie et syndrome anxiodépressif, tandis qu’il est attesté qu’elle bénéficie d’un suivi au centre de santé mentale de Strasbourg depuis le 2 février 2026. Les deux certificats produits ne permettent toutefois pas de considérer que la situation de la requérante, qui est hébergée par son frère ainsi qu’il ressort de son entretien du 9 avril 2026, et qui bénéficie d’un suivi médical adapté, caractériserait une situation de vulnérabilité telle qu’elle nécessiterait l’octroi des conditions matérielles d’accueil pendant la procédure de réexamen de sa demande d’asile. Par suite, la requérante n’est pas fondée à soutenir qu’en lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, l’OFII a fait une inexacte application des dispositions précitées de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision du 22 avril 2026 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction et celles tendant à l’application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E... C..., à Me Zimmermann et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.
La magistrate désignée,
H. D...
La greffière,
V. Metzger
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. Metzger