Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. C... contestant son assignation à résidence. Le juge a écarté les moyens d’incompétence et d’insuffisance de motivation, puis a validé la décision en substituant le motif de fondement légal : l’assignation repose sur une obligation de quitter le territoire français du 4 janvier 2025, et non sur l’interdiction judiciaire du territoire initialement visée. Cette substitution, fondée sur l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, n’a pas privé le requérant de garanties. Enfin, l’absence de logement en Moselle n’a pas été jugée comme une erreur manifeste d’appréciation.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mai 2026, M. E... C..., représenté par Me Kone, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 2 mai 2026 par lequel le préfet de la Moselle l’a assigné à résidence ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation, sous astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’incompétence de sa signataire ;
- elle est entachée d’insuffisance de motivation et de défaut d’examen de sa situation ;
- elle est entachée d’erreur de droit, dès lors qu’il n’a pas fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2026, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il y a lieu de substituer les dispositions du 7° à celles du 1° de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il a fait l’objet d’une peine d’interdiction judiciaire du territoire ; la mention de l’obligation de quitter le territoire français constitue une erreur de plume ;
- la décision attaquée peut également être fondée sur le fait qu’il a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français adoptée le 4 janvier 2025 ;
- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B... en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme B... a été entendu au cours de l’audience publique.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. C..., ressortissant dominicain né en 1989, est entré sur le territoire français à une date indéterminée. A l’issue d’une période d’incarcération, il a été placé en rétention administrative, avant que le préfet de la Moselle décide, par un arrêté du 2 mai 2026, dont le requérant demande l’annulation, de l’assigner à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours.
En premier lieu, par un arrêté du 26 novembre 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du lendemain, le préfet de la Moselle a donné délégation à Mme A... D..., agent du bureau de l’éloignement et de l’asile, à l’effet de signer, lors des « permanences étrangers », les mesures de suivi des décisions d’éloignement. Il ressort du tableau de permanence produit par le préfet que Mme D... était de permanence le 2 mai 2026. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision attaquée ne peut qu’être écarté.
En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision ordonnant l’assignation à résidence de M. C... qu’elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (…) ».
Il ressort de la décision attaquée qu’elle a été adoptée sur le fondement des dispositions du 1° de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et que le préfet y vise le jugement du 6 janvier 2025 par lequel le tribunal judiciaire de Metz a prononcé une interdiction judiciaire du territoire à l’encontre de M. C... pendant une période de dix ans. Le requérant soutient que l’assignation à résidence contestée ne peut pas être fondée sur les dispositions précitées puisqu’il n’a jamais fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Toutefois, le préfet de la Moselle justifie avoir pris, le 4 janvier 2025,à l’encontre de l’intéressé un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, qui a lui été notifié le 5 janvier 2025. Dans ces conditions, le préfet de la Moselle est fondé à solliciter que la mesure d’assignation à résidence attaquée soit fondée, en fait, sur l’obligation de quitter le territoire français du 4 janvier 2025 au lieu de l’interdiction judiciaire du territoire français, dès lors que cette substitution de motif ne prive le requérant d’aucune garantie procédurale. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit dont la décision attaquée serait entachée doit être écarté, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la demande de substitution de base légale sollicitée par ailleurs.
En dernier lieu, la circonstance que M. C... ne dispose pas d’un logement en Moselle ne fait pas, en tant que telle, obstacle à ce qu’il soit assigné à résidence dans ce département. Si le requérant se prévaut d’une attestation d’hébergement établie le 28 avril 2026 par une personne résidant dans l’Oise, qu’il présente comme sa compagne sans au demeurant en justifier, il ne produit aucun autre élément établissant qu’il aurait, dans cet autre département, un lieu de résidence permettant de prévenir le risque qu’il se soustraie à l’exécution de la mesure d’éloignement dont il fait l’objet. Dans ces conditions, M. C... n’est pas fondé à soutenir que le préfet a fait une inexacte application des dispositions du 1° de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en l’assignant à résidence en Moselle à l’issue de sa période d’incarcération.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. C... doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E... C..., au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.
La magistrate désignée,
H. B...
La greffière,
V. Metzger
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme.
La greffière,
V. Metzger