Le Tribunal administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. A..., ressortissant albanais, qui demandait l'annulation de l'arrêté du préfet du Bas-Rhin l'assignait à résidence pour 45 jours. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, malgré l'absence de justificatifs médicaux pour ses problèmes de santé allégués. Il a jugé que l'éloignement de M. A... demeurait une perspective raisonnable au sens de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), et que les modalités de l'assignation à résidence n'étaient pas disproportionnées. Enfin, le moyen tiré de l'article L. 611-3 du CESEDA a été écarté comme inopérant, ces dispositions ayant été abrogées.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mai 2026, M. B... A..., représenté par Me Gasimov, demande au tribunal :
1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler l’arrêté du 7 mai 2026 par lequel le préfet du Bas-Rhin l’a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement combiné des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
il révèle un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle dès lors que le préfet n’a procédé à aucun examen de son état de santé ;
il est entaché d’une erreur d’appréciation au regard de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile faute de perspective raisonnable d’éloignement ;
les modalités de l’assignation à résidence présentent un caractère disproportionné au regard de son état de santé ;
l’arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l’article L. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2026, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par M. A..., n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C... en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme C... a été entendu au cours de l’audience publique.
Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant albanais né le 26 octobre 1991, déclare être entré en France en mars 2023. Il a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français prise le 21 mai 2024 par le préfet du Bas-Rhin. Par un arrêté du 7 mai 2026, le préfet du Bas-Rhin l’a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours. M. A... demande l’annulation de cet arrêté.
En premier lieu, l’arrêté attaqué vise notamment les dispositions applicables du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que la mesure d’éloignement dont fait l’objet M. A.... Ainsi, l’arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut donc qu’être écarté.
En deuxième lieu, si le requérant soutient que le préfet n’aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle faute d’avoir mentionné les problèmes de santé qu’il avait déclarés lors de son audition par les services de police, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces seuls éléments, au demeurant non assortis de justificatifs médicaux, auraient été de nature à faire obstacle à son assignation à résidence. Dans ces conditions, l’absence de mention explicite de ces déclarations dans l’arrêté litigieux ne suffit pas à établir que le préfet n’aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle. Le moyen tiré du défaut d’examen ne peut donc qu’être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut assigner à résidence l’étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l’éloignement demeure une perspective raisonnable (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que M. A... fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français datant de moins de trois ans. Par ailleurs, l’administration fait valoir sans être sérieusement contredite que l’intéressé dispose d’une carte d’identité albanaise permettant d’engager des démarches auprès des autorités consulaires de son pays d’origine. En outre, les seules déclarations de l’intéressé relatives à son état de santé, non corroborées par des pièces médicales, ne permettent pas d’établir que son éloignement ne constituerait pas une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
En quatrième lieu, si M. A... soutient que les modalités de son assignation à résidence seraient disproportionnées au regard de son état de santé, il ne produit aucun élément médical de nature à établir que l’obligation de se présenter deux fois par semaine aux services de police serait incompatible avec son état. Dans ces conditions, il n’est pas fondé à soutenir que la mesure litigieuse porterait une atteinte disproportionnée à sa liberté d’aller et venir ou à son droit à la santé.
En dernier lieu, le requérant ne peut utilement invoquer les dispositions du 9° de l’article L. 611-3 code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, lesquelles ont été abrogées par la loi du 26 janvier 2024.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles tendant à l’application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Gasimov et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.
La magistrate désignée,
A.-D. C...
La greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité