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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2604275

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2604275

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2604275
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGASIMOV

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. A... contestant les arrêtés du préfet du Bas-Rhin du 9 mai 2026 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour d’un an et assignation à résidence. Le tribunal a estimé que la décision d’éloignement était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen complet de la situation de l’intéressé. Il a également jugé que le droit d’être entendu avait été respecté, M. A... ayant été auditionné lors de sa garde à vue. La solution s’appuie sur les articles L. 611-1, L. 612-2, L. 612-3 et L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2026, M. C... A..., représenté par Me Gasimov, demande au tribunal :
de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
d’annuler l’arrêté du 9 mai 2026 par lequel le préfet du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an ;
d’annuler l’arrêté du 9 mai 2026 par lequel le préfet du Bas-Rhin l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros hors taxes au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l’obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle a été prise en méconnaissance du droit d’être entendu ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant assignation à résidence :
-elle est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2026, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lecard en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lecard, magistrate désignée ;
- les observations de Me Kilinç, substituant Me Gasimov, avocat de M. A..., qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
- les observations de M. A..., assisté de M. B... interprète en langue arabe, qui a insisté sur sa volonté de rester en France auprès de ses frères et sœurs.

Le préfet du Bas-Rhin, régulièrement convoqué, n’était ni présent ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.


Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, (…) l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. (…) ».
En raison de l’urgence, il y a lieu d’admettre M. A... au bénéfice provisoire de l’aide juridictionnelle, sur le fondement de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que celle-ci mentionne l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet du Bas-Rhin n’aurait pas procédé à l’examen de la situation particulière de l’intéressé avant de de prendre à son encontre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré d’un défaut d’examen de sa situation doit être écarté.
En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la cour de justice de l’Union européenne que le droit d’être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative avant l’adoption de toute décision susceptible d’affecter de manière défavorable ses intérêts. Le droit d’être entendu préalablement à l’adoption d’une décision de retour implique que l’autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l’irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l’autorité s’abstienne de prendre à son égard une décision de retour.
Le procès-verbal d’audition du requérant dans le cadre de son placement en garde à vue, dont les mentions font foi jusqu’à preuve du contraire, permet de s’assurer que M. A... a été entendu sur sa situation administrative, son parcours en France et la perspective de son éloignement. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision contestée a été prise en méconnaissance de son droit d’être entendu.
En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (…) 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (…) ».
Le requérant soutient qu’il ne pouvait pas faire l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement de l’article L. 611-1 5° dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public. Toutefois, il est constant que la décision contestée est fondée à la fois sur le 1° et le 5° de l’article précité et il ressort des pièces dossier que le requérant ne peut justifier de son entrée régulière sur le territoire français et s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité. Par suite, à supposer même que la condition énoncée au 5° ne soit pas remplie, il pouvait faire l’objet de la décision en cause sur le fondement du 1°. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.
En cinquième et dernier lieu aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
D’une part, si M. A... soutient être présent sur le territoire français depuis 2024, il ressort des pièces du dossier qu’il n’a jamais disposé d’un droit au séjour et n’a pas entamé de démarches en ce sens. D’autre part, s’il se prévaut du fait que toute sa famille serait en France, il ne produit aucun élément de nature à justifier leur présence en France en situation régulière, ni même qu’il serait dépourvu d’attaches en Algérie. S’il soutient lors de l’audience que tous ses frères et sœurs vivent en situation régulière en France, dont deux étaient présents, il n’en justifie pas ni même que ses parents vivraient maintenant en Espagne. Dans ces conditions, et à supposer même que le comportement de l’intéressé ne présente pas un trouble à l’ordre public, eu égard à son arrivée récente en France, l’absence d’attaches familiale en France et l’absence d’insertion dans la société, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet, en édictant la décision attaquée, a porté atteinte à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne peut qu’être écarté.
Sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :
Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Aux termes de l’article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (…) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (…) ».
En l’espèce, il est constant que le requérant n’a pas présente des documents d’identité ou de voyage en cours de validité. Dès lors le préfet a pu sans méconnaitre les dispositions précitées refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Ce moyen doit être écarté.
Sur la légalité de la décision interdisant le retour sur le territoire français :
Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ». Aux termes de l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ».
14. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée.
15. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré irrégulièrement en France et s’y maintient sans avoir cherché à régulariser sa situation et ne démontre pas l’intensité de ses liens avec la France. Dans ces circonstances, et à supposer même que le comportement de l’intéressé ne représente pas un trouble à l’ordre public, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d’erreur d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la légalité de la décision l’assignation à résidence :
16. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence devrait être annulée, par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu’être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation des arrêtés du 9 mai 2026. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles tendant à l’application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu’être rejetées.


D E C I D E :


Article 1er : M. A... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Le présent jugement sera notifié à M. C... A..., à Me Gasimov et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.


La magistrate désignée,

A. Lecard
La greffière,

L. Abdennouri



La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,




L. Abdennouri

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