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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2604305

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2604305

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2604305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGAUDRON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. D... contestant le refus de l'OFII de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, de défaut de motivation et de défaut d'examen de la vulnérabilité. Il a jugé que le refus était légalement fondé sur l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car M. D... avait présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2026, M. B... D..., représenté par Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) de l’admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler la décision du 7 mai 2026 par laquelle le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) de Strasbourg lui a refusé l’attribution des conditions matérielles d’accueil ;

3°) d’enjoindre à l’OFII de lui octroyer sans délai le bénéfice des conditions matérielles d’accueil et notamment l’allocation pour demandeur d’asile à compter du 7 mai 2026, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’OFII le versement à son conseil d’une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’incompétence ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation et n’a pas tenu compte de sa situation personnelle et notamment de sa vulnérabilité ;
- l’OFII ne justifie pas avoir informé le requérant que le bénéfice des conditions matérielles d’accueil pouvait lui être refusé ;
- la décision attaquée est entachée d’erreur de droit et d’une erreur d’appréciation, notamment au regard de sa vulnérabilité.

L’OFII régulièrement mis dans la cause n’a pas produit d’écritures en défense.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lecard en application des dispositions des articles L. 922-2 et L. 555-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lecard, magistrate désignée ;
- les observations de Me Gaudron, avocate de M. D..., qui a repris les moyens de sa requête ;
- et les observations de M. D..., assisté de M. E..., interprète en langue arabe, qui a précisé être à la rue.

L’OFII n’était pas représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Une note en délibéré de l’OFII a été enregistrée le 22 mai 2026 et n’a pas été communiquée.


Considérant ce qui suit :

Sur l’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, (…) l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. (…) ».
En raison de l’urgence, il y a lieu d’admettre M. D..., à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle, sur le fondement de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En premier lieu, par une décision du 25 mars 2026, régulièrement publiée sur le site internet de l’OFII et accessible aux parties, le directeur général de l’OFII a donné délégation à M. A... C..., directeur territorial à Strasbourg, à l'effet de signer tous actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à cette direction. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte doit être écarté.

En deuxième lieu, la décision vise l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne le motif de refus lié à la présentation d’une demande de réexamen de sa demande d’asile. Dans ces conditions, le moyen tiré d’une insuffisance de motivation doit être écarté.

En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l’OFII n’aurait pas procédé à l’examen de sa situation personnelle et notamment l’évaluation de la vulnérabilité du requérant. Le moyen tiré d’un défaut d’examen de la situation de M. D... et de prise en compte de sa vulnérabilité doit être écarté.

En quatrième lieu, à supposer que l’OFII n’ait pas informé le requérant que le bénéfice des conditions matérielles d’accueil pouvait lui être refusé, cette absence d’information n’a pas eu pour effet de le priver d’une garantie et n’a pas été susceptible d’avoir une incidence sur le sens de la décision. Par suite, le moyen tiré du défaut d’information doit être écarté.

Aux termes de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : (…) 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; (…) La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ».

En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l’OFII se serait cru en situation de compétence liée pour refuser au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit ne peut qu’être écarté.

En sixième lieu, M. D... soutient que la décision contestée est entachée d’erreur d’appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité, en raison notamment d’une souffrance psychique nécessitant un suivi psychiatrique et du fait qu’il est dénué de toute ressource. Toutefois, en se bornant à produire une carte de rendez-vous auprès d’un infirmier le 1er juillet 2026, il ne démontre la situation de vulnérabilité dont il se prévaut. Dans ces conditions, l’erreur d'appréciation n’est pas établie. Le moyen doit être écarté.

Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de M. D... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :


Article 1er : M. D... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D..., à Me Gaudron et au directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.


La magistrate désignée,

A. Lecard
La greffière,

L. Abdennouri


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,




L. Abdennouri

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